Crise
Dans la dramaturgie classique, la crise est la conséquence directe de la règle des vingt-quatre heures, qui exige que l'action soit concentrée en un jour. Cette exigence implique le choix d'un événement capital (ou d'une série d'événements étroitement liés) autour duquel l'action se noue (voir Nœud). Là où le théâtre baroque déroulait les aventures, éventuellement conflictuelles, de ses héros, le théâtre classique renvoie ces aventures dans l'avant de la pièce (l'exposition) pour n'en retenir que la conséquence la plus conflictuelle : « Nous voici donc à ce jour détestable / Dont la seule frayeur me rendait misérable » (Jocaste dans la Thébaïde de Racine). C'est à cette crise que le théâtre classique doit d'être si fortement psychologique : il gagne en intériorisation et en affrontements de caractères et de passions ce qu'il a perdu en événements. C'est à elle aussi qu'il doit de passer pour simple : en fait, la crise n'empêche pas la complexité de l'intrigue et les rebondissements ; elle se les subordonne en un même « moment misérable », tout à la fois conflagration du passé et accouchement d'un avenir inattendu.
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens