SEIDE Stuart
Acteur, pédagogue, metteur en scène américain, juif d'origine new-yorkaise vivant à Paris depuis 1970.
Il court sur ce metteur en scène une rumeur de liberté et d'audace qui exclut pourtant tous les fracas d'une certaine avant-garde américaine. Il peut paraître aujourd'hui singulier qu'il ait débuté, comme figurant, dans Les Précieuses ridicules à la Comédie-Française où, quatorze ans plus tard, en 1984, à la demande de Vincent, il montera trois petites pièces de Feydeau : Hortense a dit : « J'm'en fous ! », Léonie est en avance et Feu la mère de Madame.
Sa renommée d'outsider reste plutôt attachée au répertoire élisabéthain et jacobéen ainsi qu'à des expériences, à des lieux, plus novateurs et plus aventureux : Troïlus et Cressida de Shakespeare à la rue d'Ulm (1973) ; Dommage qu'elle soit une putain de Ford, sur l'invitation de Vitez, à Ivry (1975, reprise en 2007) ; Le Changeling de Middleton et William Rowley à Gennevilliers (1988) ; sans exclure d'autres aspects du répertoire classique : La vie est un songe de Calderón à la Cartoucherie (1978) ou Le deuil sied à Électre d'O'Neill à Ivry (1980).
Depuis les années soixante-dix, Seide est parvenu à imposer son ambition d'un théâtre précaire, sans faste et sans fatras, qui sollicite librement l'imagination des acteurs et du public. Aucune infatuation esthétique, aucun décor : chez Seide, les acteurs ont un corps qui, même abîmé ou meurtri, s'offre triomphalement dans un espace vacant, dénudé. Il s'agit de puiser des ressources dans ce qui est écrit afin de rendre au texte sa clarté, sa vigueur, son mystère, sa densité originelle plutôt que de s'adonner aux délices de l'exégèse. Sur scène, Seide donne libre carrière à l'improvisation, au jeu pur et simple, à la jeunesse.
Quand, en 1994, il revisite les dramaticules de Beckett dans Le Grain et la Balle ou quand il fait jouer Henri VI en intégrale, pendant toute une nuit à Avignon, rêvant avec Shakespeare l'histoire de l'Angleterre dans sa sanglante primauté, Seide veut, entre le rire et l'effroi, atteindre une clarté littérale. Quelque chose comme l'enfance de l'art : du Beckett débarbouillé, sans les oripeaux de l'absurde, du Shakespeare désaccoutré, sans fraise et sans pourpoint. Directeur du Centre dramatique Poitou-Charentes depuis 1992, il manifeste un net penchant pour le théâtre anglophone : Docteur Faustus de Marlowe (1995), L'Anniversaire de Pinter (1996), Le Régisseur de la Chrétienté de Sébastien Barry (1997). Il est directeur du Théâtre national Lille-Tourcoing, région Nord-Pas de Calais depuis 1998 et, depuis 2003, directeur de l'École professionnelle Supérieure d'Art Dramatique (EPSAD). Il continue à monter beaucoup d'auteurs anglophones, irlandais et anglais – dont il traduit les œuvres lui-même.
Sous le négligé des costumes, sous le fa presto apparent, on devine, chez lui, un effort de proximité, une exigence de théâtre public qui n'abolit ni la tension ni le raffinement. Il ne suffit pas de faire pauvre pour toucher le vrai, de renoncer à la brume et à l'opulence pour imposer aux classiques de si précieux ajustements.
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- France
- États-Unis
- 20ème siècle
- 21ème siècle