PINTER Harold
Auteur dramatique, comédien et scénariste anglais.
Dans un premier temps, Pinter est reconnu comme le chef de file britannique d'un « théâtre de l'absurde » où des personnages s'affrontent sans connaître l'origine des conflits. Mais son théâtre se distingue de celui de Beckett* ou de Ionesco* en tant qu'héritier de la tradition anglaise de la pièce bien faite . Cependant, ses scènes de ménage en apparence anodines recèlent une menace : le comportement des personnages est imprévisible, les vérités peu saisissables, et le langage, qu'il décrit comme « une mare gelée qui pourrait bien céder sous vos pieds », échappe aux personnages, tout en restant néanmoins leur seul moyen d'affirmation. Menace entremêlée d'humour, cet humour résultant d'une observation minutieuse des idiotismes les plus banals, mais qui laissent entendre bien plus qu'ils n'avouent.
La pièce se déroule souvent dans un lieu unique, concret, à la fois no man's land imprécis, territoire, voire identité, que ses occupants défendent contre un intrus aux motivations ambiguës. Ce qui a fait attribuer à son premier théâtre la qualification de « théâtre de la menace ». Dans Bon vieux temps (Old Times, Royal Shakespeare Company, 1971) et No Man's Land (1975), un couple heureux est perturbé par l'arrivée de personnages inattendus ; dans l'Anniversaire (The Birthday Party, 1958, m. en sc. Régy, 1967), dont la première fut un échec commercial, Stanley est terrorisé par deux intrus qui pénètrent dans sa pension sans qu'il sache (pas plus que le public) d'où viennent ces brutes qui l'accusent, de manière kafkaïenne, de crimes qu'il n'a pas commis. En 1960, sa réputation de plus grand auteur dramatique anglais, fêté par de grands metteurs en scène comme Hall, est confirmée par le Gardien (The Caretaker) où l'arrivée d'un clochard attise la tension entre deux frères. La pièce évolue à travers des jeux de pouvoir sans que change la situation réelle ; elle révèle le fantasme du pouvoir, et le pouvoir du fantasme. Ce théâtre, maintenu dans la clôture d'un appartement ou d'une pièce, transcende néanmoins le quotidien, pour acquérir des résonances existentielles. La violence, souvent reconnaissable comme métaphore, est aussi une référence directe à l'agression subie par certains membres de la société.
Les pièces des années 1960 ajoutent une ambiance de menace sexuelle, surtout dans le Retour (The Homecoming, Royal Shakespeare Company, 1965), où un universitaire vient présenter sa femme à sa famille. Prise dans le réseau des désirs de ce groupe de mâles, elle se prostitue à eux, sans qu'on sache si ce sont les hommes qui l'exploitent ou elle qui exploite leur dépendance.
Le thème de la mémoire tient une place centrale dans Bon vieux temps, No Man's Land (National Theatre, 1975 ; m. en sc. Planchon, 1979 et 1995) et Celebration (2000, m. en sc. Planchon, 2005). Ici et dans la Lune se couche (Moonlight, 1993, m. en sc. Karol Reiszavec Marielle, 1997), les personnages tentent de s'évader du présent pour se réfugier dans un passé où tout paraissait sûr et stable. Dans Des cendres aux cendres (Ashes to Ashes, 1996), pourtant, les souvenirs ne sont ni lyriques ni nostalgiques : la manière fragmentée dont la protagoniste se souvient des génocides, de la déportation et d'une aventure sado-masochiste, illustre la dislocation mentale provoquée par le trauma.
À partir des années 1980, Pinter continue à explorer les relations entre langage, mémoire et pouvoir, mais si ses premières pièces ne faisaient qu'obliquement référence à l'exploitation, il se dresse maintenant de manière directe contre les abus politiques : la censure, la torture, et la politique internationale agressive des États-Unis et de son propre pays. Ces thèmes sont cependant exprimés avec un langage tout aussi poétique qu'auparavant. Langue de la montagne (Mountain Language, BBC, 1988) et Party Time (Almeida Theatre, 1991) dénoncent les exactions du pouvoir totalitaire, tout en évitant les sermons.
Son adaptation d' À la recherche du temps perdu (2000, National Theatre) de Proust est bien reçue, et parmi les plus notables de ses scénarios, on peut compter Trahison (1983) adapté de sa pièce du même nom, et la Maîtresse du lieutenant français (1981). En 2005 il annonce sa retraite de l'écriture dramatique pour se consacrer à son engagement politique et à sa carrière de comédien : en 2006 il joue Krapp dans la pièce de Beckett au Royal Court. De tous les auteurs qui ont émergé lors de la renaissance du théâtre britannique dans les années 1950, c'est Pinter qui est le plus encensé par la critique. Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 2005.
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- Royaume-Uni
- 20ème siècle
- 21ème siècle