VIGNY Alfred-Victor
(Comte de)

Loches, 1797 - Paris, 1863

Poète, romancier et auteur dramatique français.

Il fut d'abord tenté par la carrière des armes où il ne trouva qu'ennui et désillusion ; puis il s'illustra dans les batailles littéraires du romantisme, surtout celles du théâtre, avant de s'enfermer, jusqu'à la fin de sa vie, dans une hautaine et stoïque fortitude.

Écrite en six ans, de 1829 à 1835, sa production dramatique, peu abondante mais riche, a réussi dans tous les genres abordés : la traduction de Shakespeare, Le More de Venise (1829), qui, accompagnée d'un texte théorique pamphlétaire et novateur, la Lettre à lord ***, a ouvert les hostilités contre la tragédie ; le drame historique, La Maréchale d'Ancre (1831) ; le proverbe, Quitte pour la peur (1833) ; enfin le drame social, « page de philosophie », avec Chatterton (1835) qui d'emblée s'imposa comme une des pièces emblématiques du romantisme français.

Ses premiers essais dramatiques remontaient à 1816, esquisses de tragédies dont il ne reste rien. À partir de 1830 s'ajoutent nombre de velléités dramatiques. Le théâtre était alors la voie royale de la renommée. Mais Vigny, malgré sa réussite, vécut mal les contraintes de la scène car on y voit les « idées réduites en mécaniques à ressorts dramatiques ».

En traduisant Shakespeare (Othello mais aussi Roméo et Juliette et le Marchand de Venise, qui ne furent pas joués), il souhaite élargir les voies de l'expression dramatique en montrant à tous, au peuple aussi dont il désire élever l'âme, un exemple de liberté artistique qui préface la liberté politique, celle qui avortera sur les barricades de 1830. On retrouvera l'écho de 1830 dans les intrications politiques de La Maréchale d'Ancre qui, dans les lenteurs de son action, souligne l'égoïsme de la noblesse, l'arrivisme sanguinaire des factions, la fragilité du pouvoir et surtout l'échec de la bonne volonté.

De la déception politique, Vigny, avec Quitte pour la peur, glisse à la peinture de la déception conjugale ; il prône, dans cette courte comédie, la liberté réciproque ou, du moins, l'indulgence pour l'adultère. Dorval, qui jouait la duchesse, était alors entrée dans sa vie ; c'est aussi pour elle qu'il écrivit Chatterton. La pièce, qui connut un extraordinaire succès, reprend un des récits de Stello (1832), mais en dépasse largement la portée. Le drame, d'une forte densité poétique et pathétique, montre l'affrontement entre le spirituel et le matériel. L'élévation de pensée et de sentiment de Kitty Bell et de Chatterton, sous l'œil lucide du quaker impuissant, s'oppose à la vulgarité des viveurs, à la morgue d'un industriel esclavagiste social, à la suffisance des gens en place. Peu d'intrigue, mais une lente descente vers les profondeurs de la désespérance avec, en point d'orgue, le suicide du poète et la chute fatale de Kitty Bell. L'ample simplicité de ce drame tout intérieur, la lenteur de sa « tristesse majestueuse », la tension de ses silences, en tranchant sur le vacarme et la frénésie du temps, donnèrent au romantisme son expression la plus contenue mais la plus dense.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : 19ème et début 20ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 19ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026