DUBOIS Michel

Bienne, Suisse, 1937-Paris, 2021

Metteur en scène, acteur, traducteur, à la double nationalité : française et suisse.

Élève de Gignoux à l'École* du TNS (1958-1961), assistant de Dasté à la Comédie de Saint-Étienne, Dubois forge ses premières armes en battant la campagne avec une petite troupe, celle des « tréteaux » du CDN de Saint-Étienne : l'objectif est de défricher les terres d'un nouveau public. Le théâtre comme service public décentralisé, nécessairement politique, mêlant l'exigence de plaisir à la réflexion, hante Dubois. Dans la lignée de Brecht, il s'agit d'apprendre et de se divertir, de dégager l'insolite sous le familier. Directeur de la Comédie de Caen en 1973, il y exacerbe son amour du plateau et constitue un groupe artistique voué aux dramaturgies contemporaines : décorateurs (en particulier Pierre Dios), secrétaire général (Pierre Ballez-Baz, fondateur avec Sarrazac des Ateliers de formation et de recherche pour comédiens professionnels et amateurs), dramaturge (Besnehard), comédiens qui expriment leurs recherches dans des « pratiques d'acteurs ». Sous son impulsion, la ville d'Hérouville-Saint-Clair construit un nouveau théâtre (1987). Deux spectacles sont emblématiques de son ouverture d'esprit et de ses recherches : l'Étang gris de Besnehard (m. en sc. Yersin 1982), créateur associé à la Comédie de Caen jusqu'en 1986, et le Désamour qu'il dirige en 1980 : scènes de vies, de mort, de ménage, montage de textes de vingt-six auteurs. Curieux, Dubois assure la mise en scène d'œuvres contemporaines : Liberté à Brême de Fassbinder (1975), l'Imbécile (1979) et Été (1985) de Bond, l'Étalon or (1988) de Lemahieu, Un ciel pâle sur la ville (1992) de René Fix, Caresses (1993) de Belbel , La servante quitte à quatre heures (1994) de Michel Simonot. Peu à peu des classiques, dont certains peu connus, prennent place dans son répertoire : les Estivants de Gorki (1976), la Punaise de Maïakovski (1978), le Nouveau Menoza de Lenz (1980), la Double Inconstance de Marivaux (1984), Amphitryon de Kleist (1986), Ainsi va le monde de Congreve (1989), la Volupté de l'honneur de Pirandello (1990), le Roi Lear (1981), Titus Andronicus (1987) et la Tempête (1992) de Shakespeare.

Son travail interroge le quotidien par l'image qui déporte l'évidence première de l'écrit, contredit les idées reçues par la métaphore scénique qui trouble et purge la perception ordinaire, théâtralise le monde des mots mis en crise par des dispositifs scéniques insolites ou installés dans des lieux inhabituels : coulisses, plateaux, bureaux, espaces désaffectés. Président du SYNDEAC* (1991-1994), il se soucie des jeunes compagnies professionnelles indépendantes et de leurs problèmes d'existence, voire de survie. Directeur d'entreprise théâtrale, Dubois affirme plusieurs exigences : se défier des lois du marché fondées sur le système du vedettariat ; aider à l'éclosion de nouveaux talents ; ne pas monopoliser l'appareil de production en suscitant et en favorisant la création des autres ; tenter de convaincre le public de province que l'art divise et que la création des textes contemporains est nécessaire. De 1997 à 2003, il est directeur du Nouveau Théâtre de Besançon. Outre l'introduction des textes d'Howard Barker*, il y met en scène, entre autres, Si c'est un homme dePrimo Levi, avecJean-Claude Frissung (2000), Solness le constructeur d'Ibsen* (2001).

Rédacteur(s)

Classement

Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
13/02/2026

Pour aller plus loin

recherche.artcena.fr
Michel Dubois