FASSBINDER Rainer Werner
Acteur, metteur en scène, dramaturge et cinéaste d'Allemagne de l'Ouest.
Né de la contestation universitaire, le théâtre de Fassbinder traque les comportements majoritaires comme la source d'un fascisme quotidien. C'est de 1967 à 1971, et avec l'Antiteater né en 1968 de l'Action-Theater, groupe de théâtre munichois influencé par le mouvement étudiant, que Fassbinder réalise la quasi-totalité de son travail théâtral, soit huit adaptations et huit pièces. Sa tentative pour assumer la direction du très officiel Theater am Turm de Francfort avorte en 1974, au bout d'une saison, après le retrait de Der Müll, die Stadt und der Tod (L'Ordure, la Ville et la Mort, créé en France en 2003 par la Cie des Lucioles), sa dernière œuvre théâtrale, controversée. Il passe alors définitivement au cinéma.
Fassbinder met en pièces l'héritage culturel – Sophocle,Lope de Vega ou Goethe, et le pousse à l'excès, usant de fantaisie comme de véhémence : Le Café (Das Kaffeehaus, 1969), d'après Goldoni ; Le Village en flammes (Das brennende Dorf, d'après Lope de Vega). D'autres modèles, Gay, Jarry ou Fleisser, se laissent actualiser sans mal. Esthétiquement, Fassbinder élabore avec son Antiteater un style de jeu dans lequel entrent l'attitude distanciée, le ralentissement du rythme d'élocution, l'emploi d'une langue de composition, autant d'artifices menant à une vérité qui n'est pas naturaliste. Politiquement, il cite volontiers l'anarchisme, non sans le soumettre à un traitement critique, et même farcesque (Anarchie en Bavière, Anarchie in Bayern).
Dans ses propres textes, Fassbinder dévoile méthodiquement la cruauté ordinaire des rapports inter-humains, les comportements fascisants/fascinants qui, dans la société « de consommation », vouent les plus faibles à la dévoration. Mais si la violence se projette, par exemple, sur le travailleur étranger dans Le Bouc (Katzelmacher, 1968), c'est qu'en réalité elle circule sourdement au sein même du groupe majoritaire, non comme un événement dramatique, mais comme un système de nuisances réciproques, affleurant à travers un langage machinique. Dans Preparadise Sorry Now (1970) ou dans Du sang sur le cou du chat (Blut am Hals der Katze, 1972), bourreaux et victimes échangent leurs positions dans la société massifiée. Les Larmes amères de Petra von Kant (Die bitteren Tränen der Petra von Kant, 1971) montrent comment une héroïne de la sensibilité reproduit, dans sa relation homosexuelle, les rapports de domination qu'elle a voulu fuir en quittant le monde patriarcal. De façon tout aussi provocante, la meurtrière de Liberté à Brême, qui empoisonne successivement parents et enfants, mari et amants, est justifiée comme une improbable championne de la lutte des femmes. Éprouver la validité du sentiment humain à travers les retournements les plus théâtraux (qui ne sont pas les moins ironiques), telle est la stratégie de l'auteur, un moraliste en fin de compte, espérant que le courage de formuler l'angoisse est déjà celui de vivre autrement.
Bibliographie sélective
- Antiteater , fünf Stücke nach Stücken, Rainer Werner Fassbinder, Frankfurt am Main : Verlag der Autoren, 1986
- Katalog aller titel... , Verlag der Autoren, Frankfurt am Main : Verlag der Autoren
- Preparadise sorry now , Rainer Werner Fassbinder ; [traduit de l'allemand par Maurice Regnaut et Jean-François Poirier], Paris : l'Arche, 1980
- Le village en flammes , Rainer Werner Fassbinder ; d'après Lope de Vega ; texte français, Christophe Jouanlanne, Paris : l'Arche, 1984
- Gouttes dans l'océan , Rainer Werner Fassbinder ; [textes français de Jean-François Poirier et Christophe Jouanlanne], Paris : l'Arche, 1987
- L'Anarchie de l'imagination , Rainer Werner Fassbinder ; entretiens et interviews choisis et présentés par Michel Tötebergtexte français de Christophe Jouanlanne, Paris : l'Arche, 1987
- Le Bouc , Rainer Werner Fassbinder ; [trad. par Philippe Ivernel et Sylvie Muller][postf. de Philippe Ivernel], Paris : l'Arche, 1989
Classement
Spécialité : Espace germanique
- Allemagne
- 20ème siècle