MAÏAKOVSKI [Majakovskij] Vladimir
Poète, auteur dramatique russe et soviétique, auteur de films.
Futuriste, il est un ennemi déterminé du théâtre réaliste et psychologique qui mystifie le public et exprime la bourgeoisie et l'individualisme. En même temps que ses premiers vers, il écrit Vladimir Maïakovski, tragédie (Th. Luna-Park, Saint-Pétersbourg, 1913), un long poème dialogué : la vision de la ville moderne est destructrice, peuplée de monstres de foire et de clowns étranges porteurs des angoisses du poète offert à la foule qui ne le comprend pas. Après 1917, il est l'un des animateurs du Front gauche de l'art (LEF). Le théâtre devient l'une des formes de son activité militante pour le nouveau régime et pour un art révolutionnaire : entrées de clown pour le cirque dont seul subsistent un Abécédaire (Azbuka) et le Championnat de la lutte de classes universelle (Čempionat vsemirnoj klassovoj bor'by), ainsi que des sketches pour le Théâtre de la Satire révolutionnaire, dans l'esprit des affiches qu'il peint et commente pour les vitrines de l'agence Rosta. Mystère bouffe (Misterija-Buff, 1918, remanié en 1920) procède de l'imagerie populaire, des masques sociaux de la caricature politique et antireligieuse, du théâtre de la Foire, du grand spectacle lumineux et du cirque, pour ridiculiser la bourgeoisie, ses notabilités et ses laquais (les Purs), et offrir la Terre promise aux travailleurs (les Impurs). Le texte est découpé en une suite d'épisodes sans liens narratifs, caustiques, riches de jeu verbal et gestuel. En 1926 il donne Radio-Octobre (Radio-Oktjabr') à la troupe d'agitation la Blouse bleue. En 1929, La Punaise (Klop) dénonce les petits-bourgeois profiteurs qui se faufilent partout sous le masque clownesque du prolétaire perverti, du faux révolutionnaire et des nostalgiques du passé. Le futur idéal, glacé et aseptisé, d'où l'affect est banni, cache peut-être un cri angoissé du poète que personne n'entendit de longtemps. En 1930, La Grande Lessive ou Les Bains (Banja) est une satire féroce de la bureaucratie – comme l'avait fait un temps le théâtre d'agitation – destructrice, pontifiante, toute-puissante. Cette fois encore, Maïakovski se sert du clown dont le comique passe prioritairement par l'inversion du langage politique courant et l'absurde des discours et des situations, bien avant la manipulation des objets. En 1930, il compose une grande pantomime de cirque, héroïque et féerique, Moscou brûle (Moskva gorit), glorifiant les révolutions de 1905 et de 1917.
Maïakovski est le compagnon d'armes de Meyerhold qui monta, avec sa collaboration, mais toujours à la hâte, ses trois grandes pièces. La première mise en scène de Mystère bouffe pour les fêtes d'octobre 1918 à Petrograd marque, avec ses trois uniques représentations, la naissance du théâtre soviétique et de ses masques sociaux. La deuxième, créée pour le 1 er mai 1921, est un des manifestes de l'Octobre théâtral pour un théâtre engagé et antipsychologique. Mystère bouffe est encore monté en 1921 dans un cirque par Granovski, puis dans les théâtres professionnels et amateurs de nombreuses villes. Écrite pour le GosTIM, théâtre d'État Meyerhold, La Punaise doit être liée à deux auteurs de son répertoire, Gogol et Erdman. En 1930, La Grande Lessive – texte, mise en scène et scénographie qui renvoie aux débuts du constructivisme – suscite de violentes critiques de l'Association des écrivains prolétariens (RAPP). Après le suicide de Maïakovski, Meyerhold voudra, en 1936, reprendre La Punaise en complétant la pièce d'un montage de textes du poète. Le projet échoue et, à partir de cette date, on cesse, sauf dans quelques théâtres amateurs, de jouer Maïakovski.
Après la condamnation de Meyerhold et la fermeture de son théâtre, Maïakovski est honoré comme poète mais oublié comme auteur dramatique jusqu'au début des années cinquante où, profitant du regain de faveur de la comédie et de la satire, Ploutchek monte La Grande Lessive (1953) avec Petrov et Youtkevitch; La Punaise (1955) avec Youtkevitch et Mystère bouffe (1957). En cette période de réaction à la normalisation de l'art, la réhabilitation de Maïakovski dramaturge est le corollaire du renouveau de la théâtralité. Dans les années soixante, ses pièces sont jouées dans de nombreux pays, à l'Est (Pologne, Tchécoslovaquie) et à l'Ouest (m. en sc. des Bains par Vitez, en 1967, de Mistero Buffo par Fo, en 1969). En 1967, Lioubimov se tourne vers le poète pour composer le montage Poslušajte Majakovskij (Écoutez Maïakovski). Aujourd'hui, et conformément aux vœux de leur auteur, les textes de Maïakovski sont considérés comme des canevas pour des créations d'actualité (opéra-folk La Punaise au théâtre de l'Armée soviétique, 1987).
Bibliographie sélective
- Théâtre , Vladimir Maïakovsky ; [traduction de Marianne Gourg-Antuszewicz, Claude Frioux, Irène Sokologorsky][présentation de Claude Frioux], Paris : le Temps des cerises, impr. 2013
- Maiakovski et le théâtre russe d'avant-garde. [Majakovskij e il teatro russo d'avanguardia. Traduit par Mario Rossi et Antoine Vitez.] , Angelo Maria Ripellino, Paris : l'Arche (impr. Clerc), 1965
- Poèmes , 2, 1918-1921, Vladimir Maiakovski, [Paris] : diffusion Messidor, 1985
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Russie
- 20ème siècle