Type
Mode d'incarnation du personnage à l'aide de caractéristiques psychiques et sociales, parfois physiques : fixes et permanentes tout au long de l'action dramatique, précises, limitées en nombre et en nuances pour un même personnage et donc immédiatement repérables par le spectateur, elles orientent la fable dans le sens d'un conflit net, simple, parfois simpliste.
La fable ou histoire narrée, qu'elle soit fortement marquée socio-politiquement (c'est le gestus brechtien) ou purement contingente (comme dans le théâtre de Boulevard) est, dans un théâtre classique entendu au sens large, nourrie par des personnages qui eux-mêmes se posent en s'opposant. Première caractéristique du personnage type : il ne manifeste ses qualités qu'en opposition binaire (parfois implicite) avec les qualités d'un autre personnage type : l'avare ne va pas sans le prodigue, le naïf sans le rusé, l'indolent sans l'agité. Le personnage type n'existe qu'en couples antithétiques. Deuxième caractéristique, corollaire de la première : la qualité du personnage type est motrice, tournée vers un faire et pas seulement destinée à révéler un être : si l'avare (chez Molière) reste assis sur son tas d'or, il n'y aura pas de pièce ; il faut qu'il soit sans cesse affronté à une demande de dépense(s) (par son fils, sa « promise », ses chevaux) qui le met en situation d'exercer son travers. En troisième lieu le type, du fait qu'il gomme les traits strictement individuels, atteint un degré de généralité qui le rend anonyme, voire abstrait. Sur la graduation qui mène du personnage-personne incarné par les grands héros contradictoires (Alceste à la fois amoureux et atrabilaire et atrabilaire dans son amour, Phèdre à la fois passionnée et coupable et coupable parce que passionnée) au rôle codé représenté par les masques de la commedia dell'arte ou les silhouettes robotisées de la farce, le type se situe plus près de ceux-ci que de ceux-là. Son intérêt est de permettre une communication rapide entre la scène et la salle, de satisfaire le souci de rationalité immédiate du spectateur, et d'être un des éléments essentiels de la pièce « bien faite ».
Le théâtre « bourgeois », de Diderot à Roussin, en passant par toutes les formes de théâtre réaliste et naturaliste du XIXe et du XXe siècle, même du plus récent, recourt sans arrêt à des personnages types : ils donnent l'impression d'être des concentrés de vie et de vie familière (d'où leur degré de généralité) ; ils ne sont souvent que des abstractions qui parlent, inscrits dans un schéma démonstratif et même didactique [voir Didactique (théâtre)]. La force des plus grands dramaturges a été de pousser le type jusqu'à l'obsession et au délire (c'est le cas d'Harpagon et de Monsieur Jourdain) ou de le traiter en oubli partiel de ce qu'il devrait exiger du personnage (c'est le cas de Don Juan qui, chez Molière , est tout autre chose qu'un coureur de jupons). Chaque fois qu'un personnage ne se contente pas de développer les virtualités de son être et de déployer au cours de l'action ce qu'il est censé être dès le début, il échappe au type et hausse la qualité théâtrale d'un cran.
L'exploitation systématique d'un type dans toutes ses ressources peut cependant mener à de grandes réussites : Scapin ou Figaro, l'un et l'autre génies-types de la ruse, le premier par ses manœuvres, le second par sa faconde. Généralement, toutefois, les types, surtout dans la tragédie, sont réservés aux personnages secondaires ; mais, même secondaires, quelques dramaturges comme Shakespeare ou Claudel, parviennent à les survolter à force de fantaisie verbale qui réussit à enrichir leur simplisme structurel jusqu'à donner une impression de vérité et de vie.
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens