Théâtre d'art de moscou
[ou Théâtre artistique de moscou]

Fondé en 1898 par Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko, il exprime jusqu'en 1917 les interrogations des intellectuels russes sur l'homme et le monde avec des pièces de Tchekhov, Gorki, Tolstoï, Andreïev, Ibsen, Hauptmann, Maeterlinck. Au début, les mises en scène, naturalistes par les décors de Simov, les costumes, les sons, l'animation des scènes de masse, fouillent la vie intérieure des personnages. Après l'éphémère Studio expérimental de Meyerhold (1905), Stanislavski crée quelques spectacles stylisés, invite des peintres du Monde de l'art (Doboujinski, Benois) et Craig qui conçoit un décor géométrique transformable à vue (Hamlet, 1911). Les mises en scène jusqu'en 1917 donnent une place prépondérante à l'acteur. Modernes et classiques russes sont imprégnés de traits de mœurs et de psychologie. Un premier Studio est créé en 1911 (futur MHAT II), un deuxième Studio en 1916. Après la révolution, le MHAT ne crée rien pendant sept ans. Après une tournée à l'étranger (1922-1924), la troupe, grossie de jeunes du deuxième Studio, joue des classiques et des pièces soviétiques qui parlent de la révolution ou de la nouvelle société à travers la vie de l'esprit humain (Boulgakov, Kataïev, Leonov). En 1932, le nom de Gorki est donné au MHAT au moment où il se range sous la bannière du réalisme socialiste.

Le nouveau MHAT

À la mort de Stanislavski en 1938, le MHAT est devenu une institution de prestige très lourde à gérer. Protégé par Staline, il doit servir de modèle à tous les théâtres du pays. La mise en scène des Trois Sœurs (1940) par Nemirovitch-Dantchenko est le dernier sursaut d'un théâtre moribond que les consignes de Jdanov en 1946 achèvent. Son répertoire se resserre autour de classiques sans risques (Ostrovski, Gorki) et d'œuvres contemporaines primées par l'État. Dans les années 1940 plusieurs acteurs qui ont fait le renom du théâtre meurent (Katchalov, Moskvine, Khmeliov). La responsabilité des spectacles est partagée entre plusieurs metteurs en scène (Raïevski, Stanitsyne, Kedrov). La renaissance s'amorce en 1956. Le MHAT monte des auteurs étrangers (Miller, Kohout) et des pièces de jeunes auteurs soviétiques (Aliochine, Zorine, Rozov, Rochtchine). Mais il se fait éclipser dans les années 1960 par la plupart des théâtres de Moscou. En 1970 la direction fait appel à Efremov pour redresser la situation. Celui-ci tente de réduire les effectifs, d'actualiser le répertoire, d'assouplir la gestion. Il rend au MHAT sa double vocation : conserver la tradition, former les citoyens. Il s'entoure d'acteurs de talent : Smoktounovski, Kaliaguine, Vertinskaïa, Doronina. Il accroît la renommée mondiale du théâtre (tournée à Paris en 1988, après une absence de trente ans ; Bogota, 1992 ; Jérusalem, 1996 ; New York, 1998). Mais il échoue à créer une communauté. En 1987, le MHAT se scinde en deux.

Resté directeur de la troupe installée dans le bâtiment historique rue Kamerguerski, appelé « MHAT Tchekhov », et disposant de trois scènes (principale, petite et nouvelle), Efremov continue l'ouverture sur les auteurs contemporains (Vampilov, Petrouchevskaïa, Gremina) dans un théâtre national qui n'oublie pas les classiques russes (Les Trois Sœurs en 1997 pour le centenaire du Théâtre) et soviétiques (La Cabale des dévots de Boulgakov, 1988 ; Les Barbares de Gorki, 1989). Mais le collectif, miné par les dissensions, s'essouffle. À la mort d'Efremov, c'est son compagnon du Sovremennik, Oleg Tabakov qui reprend la direction, opérant une restructuration et un rajeunissement discutés mais nécessaires. L'image d'un théâtre modèle, vitrine de l'État, s'estompe au profit d'une compagnie moderne qui remplit sa mission de service public tout en s'ouvrant sur l'actualité. De jeunes metteurs en scène tels Jenovatch, Mindaugas Karbauskis, Viktor Ryjakov, Kirill Serebrennikovy sont invités ainsi que de jeunes auteurs découverts à l'occasion des festivals de la nouvelle écriture dramatique que le Théâtre accueille depuis 2002. Terrorisme (2002) ou Dans le rôle de la victime (2004) des frères Presniakov, Le Siège de Grichkovets (2003), Couche culturelle (2005) des frères Dournenkov, par leur ancrage cru dans la réalité russe post-communiste, ont marqué la fin d'un certain conformisme moralisateur. Associé à une école depuis 1943, l'École-Studio du MHAT, le théâtre continue d'assurer, selon le vœu de ses pères fondateurs, la formation de comédiens et de metteurs en scène de haut niveau, tout comme le GITIS ou l'Institut Chtchoukine.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe centrale et Russie

Zone(s) géographique(s) :
  • Russie
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026