Russie et URSS
(Réception du théâtre français en)
Plus que de réception, il faudrait parler de présence du théâtre français en Russie avant 1917. Au cours du XVIIIe siècle, dans la vague d'européanisation, le théâtre français précède la naissance d'un théâtre national. Joué dans sa langue, traduit, imité, le théâtre français demeure prédominant jusqu'à la fin du XIXe siècle, fournissant parfois jusqu'à l'absurde des sujets, des genres, des procédés, un style de jeu. Le théâtre russe s'est affirmé comme art original et national dans une lutte constante contre le théâtre français, contre ses artifices, ses clichés et sa sclérose, contre le snobisme de cour qui l'imposait. Le théâtre Michel à Saint-Pétersbourg, d'abord réservé aux artistes étrangers, eut une troupe permanente française à partir de 1878. Les tournées françaises se succèdent en Russie ; les plus fameux acteurs français s'y produisent, suscitant l'enthousiasme du grand public, mais aussi des critiques sévères. La naissance et la consolidation du théâtre réaliste russe au cours du XIXe siècle, par les textes et par le jeu, ont fait peu à peu décroître le poids du théâtre français, refoulé aussi par les transformations sociales. Le renouveau de l'art scénique russe apporté par le MHAT ne doit rien à la France, non plus que les propositions du mouvement symboliste, plus redevables à Wagner et à Nietzsche qu'à toute autre influence étrangère. La révolution d'Octobre a sonné le glas de l'influence française sur le théâtre russe.
Pendant près d'un demi-siècle, l'Union soviétique va fermer ses frontières aux théâtres étrangers. La tournée de la Comédie-Française en 1954 (elle reviendra en 1964, en 1969, en 1973, en 1985) marque la reprise des relations culturelles entre les deux pays. Son retentissement esthétique est moins fort que celui du TNP venu en 1956. La maîtrise corporelle, la diction impeccable, la légèreté du jeu des acteurs et l'art très épuré de la mise en scène de Vilar font l'admiration du public et ébranlent la foi dans la supériorité de l'école réaliste psychologique russe. Les tournées du théâtre français, nombreuses dans les années 1960 (Vieux-Colombier, 1960 ; TNP, 1961 et 1967 ; Compagnie Renaud-Barrault, 1962 ; Planchon et le Théâtre de la Cité, 1963 ; l'Atelier, 1965) se ralentissent par la suite (tournées de Maréchal en 1974 et 1979) pour reprendre depuis la perestroïka : 1989, Chéreau (Hamlet) , Desarthe (Le Cid) , Brook ; 1993, Braunschweig (La Cerisaie). Avec l'ouverture du Centre culturel français de Moscou (1991) et l'organisation du Festival international Tchekhov (1992) les échanges s'intensifient et se diversifient : saison française (Weber et Lavaudant, 1995) ; invitations de Brook, Bartabas, Mnouchkine, Py dans le cadre du Festival Tchekhov. Un programme d'aide à l'édition a rendu accessibles les textes de Beckett, Koltès, Genet, Claudel, Artaud, Novarina, Py, Duras. Grâce à des aides ponctuelles Reza, Lagarce, Schmitt ont été traduits. Depuis la fin des années 1990, le public a pu voir des classiques français mis en scène par Lassalle, Mesguich, Bozonnet, Vincent ; et des textes contemporains créés par Kerbrat (Reza), Didym (Koltès), Vigner (Duras), Ollivier et Adrien (Claudel), Lavaudant (Deutsch, Bailly), Novarina. Le public a découvert l'interprétation de Tchekhov par Braunschweig et les expérimentations de Znorko, Tanguy, Lacascade.
Bibliographie sélective
- Les voyages du théâtre , Russie-France XXe siècle, études réunies, éd. et présentées par Hélène Henry et Marie-Christine Autant-Mathieu, avec la collab. à Moscou de Elena Galtsova... ; publ. par le Groupe de recherches Histoire des représentations..., Tours : Université François Rabelais, UFR Lettres, 2001
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Russie
- 19ème siècle
- 20ème siècle
- 21ème siècle