MESGUICH Daniel
Acteur et metteur en scène français.
Né dans un milieu modeste, il se retrouve en 1962 à Marseille, où il suit les cours du conservatoire, tout en achevant de bonnes études secondaires. Après une année de philosophie à Paris, il entre en 1970 au Conservatoire national : il y suit pendant trois ans les cours de Vitez. Il continue son apprentissage intellectuel : il lit les philosophes et s'intéresse aux disciplines modernes : linguistique, structuralisme, psychanalyse. Ses premiers spectacles : Le Château d'après Kafka, Le Prince travesti de Marivaux (1973), sont immédiatement remarqués, attaqués ou loués avec passion. En 1974, Mesguich fonde sa compagnie : le Théâtre du Miroir. Les principaux spectacles en seront : Hamlet (1977), Le Roi Lear (festival d'Avignon 1981), Roméo et Juliette (1985), Lorenzaccio (1986). De 1986 à 1988, il dirige le Centre dramatique national – Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis. En 1991, il prend la direction de (La Métaphore), Théâtre national Lille-Tourcoing région Nord – Pas-de-Calais. Il alterne alors les mises en scène d'œuvres du répertoire : Titus Andronicus de Shakespeare (1989 et 1992), Marie Tudor de Hugo (1991), Bérénice et Mithridate de Racine, Hamlet (3 e version) et Dom Juan en 1996, et d'auteurs contemporains : Julius Amédé Laou, Clarisse Nicoïdski, Cixous. En 1997, il crée à la Comédie-Française La Vie parisienne d'Offenbach dans une mise en scène fourmillant d'inventions humoristiques, et en 1998 La Tempête de Shakespeare.
En 1999, il quitte volontairement la direction du CDN de Lille et crée une nouvelle compagnie, Miroir et Métaphores, avec laquelle il se produit dans les lieux qui veulent bien l'accueillir, notamment l'Athénée à Paris où il présente successivement Le Diable et le Bon Dieu de Sartre, spectacle dans lequel l'intelligence et les trouvailles de la mise en scène servent le brio du texte, Dom Juan, où il tient le rôle-titre de manière plutôt conventionnelle, Antoine et Cléôpatre. Il a fait également des mises en scène d'opéra : entre autres Le Grand Macabre de Ligeti (1981), La Tétralogie de Wagner(1988), Le Bal masqué de Verdi(1994), Woyzeck de Berg (1998), La Damnation de Faust de Berlioz (2002). Parallèlement à ses activités de metteur en scène, Mesguich mène une carrière d'acteur de télévision, de cinéma et de théâtre (dans ses propres spectacles ou ailleurs) et assume des fonctions de pédagogue : de 1975 à 1981, il anime sa propre école ; depuis 1983, il enseigne au Conservatoire national.
Mesguich est considéré généralement comme un metteur en scène « intellectuel », aux spectacles pleins de références culturelles. Il conçoit en effet lamise en scène comme « mise en crise ». Son rôle n'est pas de construire à partir d'un texte un sens cohérent, mais de l'ouvrir à des sens multiples : il faut jouer non seulement le texte, mais tout le « méta-texte » (toutes les interprétations différentes qui se sont accumulées au cours du temps). De là, un certain nombre de procédés qui sont devenus caractéristiques de la manière (pour certains, du maniérisme) de Mesguich : démultiplication des personnages, miroirs, théâtre dans le théâtre, transposition de sexe acteur-personnage, distorsion entre les signes (notamment verbaux et visuels), cassures et contrastes violents dans le jeu des comédiens, gestes et cris paroxystiques, collage de textes (dans le texte classique est intercalé un commentaire moderne), expressions figurées prises au pied (au piège) de la lettre. C'est que le théâtre n'a pas pour fonction d'imiter la vie, de reproduire le quotidien, mais de concrétiser des métaphores, de faire surgir des symboles inconscients. Incapable de représenter le réel, il ne peut que se mettre en scène lui-même : d'où la création de ces décors aux éléments composites, ces fréquentes fumées que traversent des silhouettes fantomatiques, une utilisation très élaborée des lumières et de la bande son, l'abondance des citations (voire autocitations).
D'une insolence décapante pour les uns, emplis de puériles provocations pour les autres, les spectacles de Mesguich produisent de fait des images scéniques puissantes qui, même si l'on n'en comprend pas tous les tenants et aboutissants, touchent directement la sensibilité du spectateur et mettent en branle son imaginaire. Mais il est capable aussi de traiter le répertoire comique, notamment celui du vaudeville, avec beaucoup d'ironie et d'efficacité (Boulevard du boulevard du boulevard, Théâtre du Rond-Point, 2007).
Il a été nommé directeur du Conservatoire national supérieur d'art dramatique en fin 2007.
Classement
Spécialité : 21ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle