Pigalle
(Théâtre)

Financé par le baron Philippe de Rothschild, ce théâtre, bâti par l'architecte Siclis en 1929 en pensant aux propositions scénographiques de Piscator et de Reinhardt, fut un temps considéré comme le nec plus ultra de la technique moderne mise au service du théâtre. Antoine ne parlait-il pas des « ressources infinies de cette scène nouvelle, de cette machinerie fabuleuse » ?

Salle luxueuse (d'une jauge de 1 500 places) où la lumière joue sur des alliages nouveaux et des essences précieuses, système d'éclairage perfectionné permettant toutes sortes d'effets optiques, commande du gril par centrale hydraulique avec commandes groupées sur un tableau de fiches, tout est réuni pour séduire public, techniciens et metteurs en scène. De fait la machinerie était imposante : « Le plancher de scène est dans sa profondeur divisé en deux plateaux montés sur ascenseur. Les premiers plateaux montés dans les cintres laissent apparaître deux plateaux semblables venant des dessous. Chacun de ces quatre plateaux peut occuper diverses positions » (P. Sonrel). L'intérêt de cet agencement, lourd et peu souple, était de permettre des changements de décors rapides et multiples.

Au vrai, le théâtre Pigalle relevait d'une conception décorativiste de la scénographie, en retard d'une génération sur le mouvement contemporain de l'esthétique théâtrale et, qui plus est, en contradiction avec les habitudes françaises. Guitry en fit l'inauguration avec ses Histoires de France en quatorze tableaux. Baty essaya d'y installer le Simoun de Lenormand, mais fut dépassé par la complexité de la machinerie. Jouvet, directeur du théâtre pendant deux saisons, fut plus heureux, en 1930, avec le Donogoo de Romains, « premier modèle, dit un critique, de l'ouvrage dramatique où la machinerie moderne est ployée au service de l'art et de l'esprit ». Mais ni la Judith de Giraudoux, ni le Roi masqué de Romains ne confirmèrent ce diagnostic. La Pâtissière du village (1932) de Savoir ne réussit pas mieux. Mis sous séquestre par les Allemands en 1943, le théâtre fut désaffecté en 1947 et démoli en 1959 pour céder la place à un garage.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Institutions et lieux

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026