Nu au théâtre
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Le recours au nu peut être de deux types : esthétique quand il s'agit de mettre en valeur la plastique du corps humain, féminin de préférence ; politique quand le nu s'oppose au costume comme la liberté au conformisme. Les deux valeurs sont souvent combinées. Il n'est pas rare, d'autre part, que le nu soit un moyen exploité par le théâtre érotique.
Esthétique et symbolique à la fois était le « nu » qu'exigeaient les mystères pour les rôles d'Adam et Ève : couverts d'un vêtement ajusté en peau de daim ; de même pour certaines entrées royales (entrée de Charles VII à Paris en 1437) : trois jeunes filles nues plongent, telles des nymphes, dans une fontaine. Il est vrai qu'il s'agit de spectacle plus que de théâtre. Il en va de même de la pantomime La Chair (1907) où Colette apparaît dénudée jusqu'à la ceinture ; et la même année, à Broadway, de The Parisian model (de F. Ziegfield) où Anna Held se montre nue. À vrai dire le plus souvent le nu est signifié par un collant de couleur chair, ce qui suffit d'ailleurs à faire scandale. Ce n'est qu'en 1912 aux Folies-Bergère qu'apparaît la première danseuse nue. Le nu était déjà admis au théâtre au XIXe siècle à condition qu'il soit statique : ainsi des « poses plastiques » d'une femme nue sur une table de dissection dans Christine à Fontainebleau (Odéon, 1829) de Frédéric Soulié (1800-1847).
Politique, le nu l'est à coup sûr à partir des années 1960 : il est lié à une prise de position féministe au Lesbian Theatre ; à une protestation homosexuelle au Gay Theatre. Il est une arme contre les conventions bourgeoises et 1968 constitue l'apogée de son exploitation : avec la comédie musicale Hair qui fait le tour du monde ; avec Sweet Eros (de Terence McNally) où pour la première fois, à New York, une comédienne apparaît complètement nue ; avec surtout les spectacles du Living Theatre (Paradise now) et de l'Open Theatre (The Serpent , m. en sc. Chaikin , texte de Van Itallie). Dans Paradise, le (presque) nu fait clairement référence à la pureté édénique, conçue non comme idéale et lointaine mais comme atteinte et vécue dans l'immédiat de la revendication politique, sans que l'esprit puisse être disjoint du corps ; la nudité, de plus, en permettant de surmonter les inhibitions et les interdits sécrétés par la civilisation, postule la liberté sexuelle, autre forme d'engagement révolutionnaire, du moins en 1968. La même année, Chaikin, ancien comédien du Living, reprend le flambeau, abandonné par le Living parti pour l'Europe, dans le même esprit de retour aux sources, où politique, religion et philosophie s'articulent : Adam et Ève connaissent la nudité avant de croquer la pomme, acte qui les transforme en coupables et… en civilisés habillés. En 1969, les États-Unis, prenant goût au style « hard », créent Oh ! Calcutta : le calembour est facile à déchiffrer et le naturisme y est plus commercial que philosophique. Puis c'est à Londres que l'on peut voir Meteore de Dürrenmatt, à Paris le Concile d'amour de Panizza et à Francfort Auto-accusation de Handke.
Esthétique, politique et érotique, tel apparaît bien le nu quand il épouse le corps de la strip-teaseuse Rita Renoir (pour les Immortelles de Pierre Bourgeade, m. en sc. Pierre-Étienne Heymann). Mêmes valeurs, le politique en moins, avec la même interprète dans la Poupée d'Audiberti (m. en sc. Maréchal). Personnalité forte que celle de Rita Renoir : au début des années 1970, elle avait proposé un montage de textes d'Artaud, Bataille et Bourgeade. Au-delà de la revendication féministe et de la provocation érotique, il s'agissait de transformer la convention théâtrale en bouleversant les genres, c'est-à-dire en passant du strip-tease au théâtre, et du théâtre à la performance. L'époque y était pour beaucoup : le comédien, dans l'effervescence de mai 1968, dynamise son corps et donne la preuve d'un engagement supplémentaire en faisant coïncider un acte de vie avec un acte de théâtre.
Bibliographie sélective
- Le nu à l'église, au théâtre et dans la rue , Georges Normandy ; préface de Gustave Kahn...couverture en couleur de Geo Dorival, Paris : l'auteur, DL 1909
- Métaphysique du strip-tease , par Denys Chevalier, Paris : J. J. Pauvert, 1961
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens
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