Entrée royale

Depuis le Moyen Âge jusqu'au xviii e siècle, et dans toute l'Europe, des cérémonies ont célébré l'entrée d'un souverain dans une de ses villes. L'entrée est à l'origine le témoignage d'attachement, de respect et d'obéissance de la population ; ses représentants vont au-devant du souverain qui les rejoint à la porte de la ville ; il est alors conduit en cortège jusqu'au cœur de celle-ci : ce peut être un palais où un banquet lui est offert, la maison commune ou la cathédrale dans laquelle est célébré un Te Deum.

Au cours des xiv e et xv e siècles, quelques cérémonies d'entrée royale prirent plus d'importance, devenant de véritables spectacles :

– le cortège, aussi bien du souverain entrant que du peuple accueillant, devient plus luxueux et s'enrichit d'éléments empruntés à la Bible, aux chansons de geste, aux romans courtois ;

– ces thèmes sont répétés sur des édifices provisoires, échafauds ornés de figures et de devises, qui jalonnent le parcours ;

– des tableaux vivants ou des groupes de chanteurs précisent le message. Celui-ci est en plusieurs directions : la ville s'adresse au souverain pour renouveler son allégeance et souvent présenter des attentes ; mais les préparatifs ont été longs, et le souverain a eu le temps de vérifier qu'il pouvait agréer ce message ; de son côté, il assure la ville de sa protection ; parmi la population elle-même, ce message est une instruction adressée par une élite responsable au peuple.

L'entrée se distingue donc à la fois de la fête occasionnelle (naissance ou mariage princiers) et de la procession religieuse rituelle. Les organisateurs doivent, d'une part, innover, offrir au souverain un spectacle étonnant et mémorable, laisser dans la mémoire de la ville un souvenir qui fera date, et, d'autre part, suivre rigoureusement un parcours déjà balisé de monuments et de souvenirs qui en font une obligation. Il n'est pas étonnant qu'ils fassent appel à des connaisseurs avertis du spectacle pour donner des directives aux divers métiers : costumiers, décorateurs, architectes, sculpteurs, qui concourent à une mise en scène tout au long du cortège.

Du xvi e siècle à la Révolution

À partir du xvi e siècle, les entrées royales gagnent en magnificence, suivant l'exemple des entrées dans les villes italiennes, particulièrement l'entrée de Louis XII à Milan (1509), réglée par Léonard de Vinci. L'imitation de l'antique change l'entrée pacifique en un triomphe militaire à la romaine, avec passage sous des arcs de triomphe. Le cortège est de plus en plus riche et varié ; il peut comprendre des chars et même (Rouen, 1550) des éléphants faints conduits par des Asiatiques à turban et suivis de mornes captifs ; il s'arrête en des stations toujours plus magnifiques ou étranges : un village brésilien (pour intéresser le roi aux entreprises maritimes) et, plus loin, un gigantesque rocher s'ouvre sur une grotte où l'on voit Orphée et Hercule, et plus loin encore, au passage du roi, Pégase jaillit d'un globe de feu.

Le message change aussi et s'inspire de la mythologie classique, assimilant le souverain et sa famille aux grandes divinités ; les éphémères constructions imitent les monuments antiques ; de même les costumes des figurants (Lyon, 1548).

Certaines entrées sont des œuvres d'art total, combinant architecture, peinture, sculpture, littérature, musique et danse, tout en restant des actes politiques. L'entrée de Charles IX à Paris en 1571 est le fruit d'une collaboration entre Dorat et Ronsard qui fournirent les thèmes et les « devises » inscrites sur les décors, le sculpteur Germain Pilonet le peintre Niccolo dell'Abate. Comme plusieurs autres, cette entrée a donné lieu à l'impression d'une relation illustrée de gravures.

Si le xvii e et le xviii e siècle ont continué la tradition des entrées, c'est avec plus de discrétion ; en France d'abord en raison des circonstances politiques (le roi, tendant à l'absolutisme, ne cherche plus le dialogue avec ses villes, qu'il visite de moins en moins), puis en Espagne où les entrées à Madrid de Marie-Anne d'Autriche (1649) et de Marie-Louise de Bourbon (1680) sont les dernières grandes entrées célébrées avec faste en Europe, cependant que les cités italiennes ne semblent plus capables d'inventer. Mais on peut reconnaître dans les fêtes de la Révolution un héritage des entrées : un cortège passant par des lieux symboliques jusqu'à une cérémonie finale, une participation populaire enthousiaste, des chœurs, des décors construits illustrant un message affermi et précisé par un discours. La fête révolutionnaire proclame, célèbre et consacre un mythe ; chaque fois inventée et différente, elle s'apparente plus à l'entrée royale qu'à la procession religieuse, quoique son message soit inverse ; ainsi la Fédération (1790) remplace le particularisme des villes par l'union de tous les Français ; l'exaltation de la Raison (1793) est le contraire de l'allégeance à un souverain.

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026