DÜRRENMATT Friedrich

Konolfingen, Berne, 1921 - Neuchâtel, 1990

Romancier, essayiste, peintre et surtout auteur dramatique suisse d'expression allemande. Il a été joué dans le monde entier par les plus grands.

Il met aussi lui-même en scène ses propres œuvres et ses adaptations, au théâtre, au cinéma et à la télévision. Fils de pasteur, il étudie à Berne et à Zurich les lettres et les sciences naturelles. Il s'installe définitivement à Neuchâtel en 1952. En débat constant avec ses devanciers Brecht et Frisch, et avec la dramaturgie mondiale – Aristophane, Shakespeare, Nestroy, Wedekind –, l'œuvre de Dürrenmatt met en situation et en images les connivences qui font coexister la culture la plus haute et les barbaries de notre temps. Parmi ses cibles : la toute-puissance de l'argent, l'exercice injuste de la justice, l'intolérance, tels qu'il les observe en Suisse notamment ; mais aussi la frivolité des hommes de science ; l'humanité courant, impuissante, à sa perte. À la fois ludique et désespéré, Dürrenmatt joue des formes dramatiques et des registres stylistiques avec une invention foisonnante ; satire, parodie, jeu grotesque, cabaret : autant de procédés qui visent à déclencher le rire, le rire jaune, ou l'effroi.

Enfant terrible de la bourgeoisie suisse, il connut des succès de scandale, à commencer par Es steht geschrieben (Il est écrit, 1947) qui montre des chrétiens convaincus, naïfs, victimes d'imposteurs. Comme il le fera régulièrement, il remanie l'œuvre, qui s'intitule, en 1967, les Anabaptistes (Die Wiedertäufer). Romulus le Grand (Romulus der Grosse) assure en 1949 sa notoriété. Y apparaît pour la première fois la figure de l'anti-héros, à laquelle s'opposera plus tard celle de l'opportuniste : à l'héroïsme défensif qu'on attend de lui, le tout dernier empereur préfère la chute de Rome, devenue tyrannique, et l'alliance avec les chefs barbares, comiquement facilitée par leur commune passion pour l'élevage des poules.

Retours en arrière, techniques cinématographiques, dialogues haletants, adresses au public, l'expérimentation porte sur les formes, mais toujours au service de la fable. Quand celle-ci devient parabole, il y a chef-d'œuvre : « comédie tragique », la Visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame) a fait le tour du monde. Créée à Zurich en 1956 par Oskar Wälterlin, elle est reprise par Brook, Strehler et, en France, par Hussenot avec Sylvie et par Gignoux avec Tessier : séduite et abandonnée, Kläry Wäscher, devenue la milliardaire Claire Zachanassian, revient au village, vengeresse, et promet à tous la richesse à condition que soit exécuté le séducteur de jadis. D'où toutes sortes de comportements, parmi lesquels les plus abjects. Les Physiciens (Die Physiker, 1962, 1980), pièce à thèse traitant de la technologie nucléaire livrée à la folie humaine, demeure d'une grande actualité.

Dürrenmatt a mis lui-même en scène sa dernière pièce, Achterloo, en 1983, à Zurich.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Suisse
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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