Déguisement

Changement d'identité d'un personnage (étymologiquement, sortir de sa « guise », c'est-à-dire de sa manière d'être), qui peut s'accompagner d'un changement de costume et/ou d'un masque, et, par là, d'un changement de sexe ou de condition sociale. Le terme de « travestissement », longtemps employé de façon concurrente, a de plus en plus tendance aujourd'hui à être réservé au changement de sexe. Un déguisement peut être conscient, aussi bien qu'inconscient lorsque le personnage est déguisé à son insu depuis sa naissance (Œdipe). Dans ce dernier cas, la tradition critique parle quelquefois d'incognito et plus souvent encore de reconnaissance, prenant l'effet (la révélation de l'identité) pour la cause (la dissimulation d'identité qui en est la source). On parle aussi de double (ou de dédoublement) lorsque le personnage déguisé a pris l'identité, donc la place, d'un autre ; cette usurpation d'identité peut aller jusqu'à l'imitation parfaite par une intervention magique ou surnaturelle (ainsi Jupiter et Mercure déguisés en Amphitryon et Sosie dans les pièces de Plaute, Rotrou, Molière).

Le succès du déguisement dans le théâtre occidental depuis son origine grecque – et le fait qu'il a pénétré tous les genres dramatiques, non seulement la comédie et le mélodrame, mais aussi la tragédie classique – paraît le résultat de plusieurs facteurs. Un facteur dramaturgique tout d'abord, le déguisement étant une technique relevant de la composition dramatique, théorisée comme telle par Aristote dans sa Poétique qui considère les intrigues à reconnaissance (donc à déguisement) comme les plus belles : il permet de créer des complications dans l'intrigue, de susciter des quiproquos, d'aboutir à des coups de théâtre au moment de la révélation de l'identité. Il permet aussi de créer deseffets : effet d'ironie, grâce aux discours à double sens tenus par les personnages déguisés ; effet de comique, aussi bien par les réactions des personnages mystifiés que par le caractère comique du déguisement lui-même, lorsqu'il est revêtu par un personnage ridicule ; effet d'équivoque, lorsqu'on joue sur l'ambiguïté sexuelle d'un personnage travesti ; effet pathétique lorsque le déguisement (surtout inconscient) est lié à une perte d'identité et/ou aboutit à un quiproquo tragique ; effet de vertige, lorsque les déguisements se multiplient ou jouent sur le va-et-vient entre l'être et le paraître.

Un facteur idéologique et esthétique ensuite. Le déguisement aboutit à une réflexion sur l'identité de l'homme et sur l'illusion, non seulement l'illusion théâtrale, mais l'illusion qui sous-tend les rapports de l'homme au monde et/ou à la société et des hommes entre eux. De là sa particulière acuité dans les époques qui considèrent le monde comme un grand théâtre où les relations entre l'être et le paraître sont ambiguës (au XVIIe siècle, Shakespeare, Lope de Vega, Calderón, Rotrou, Corneille, Molière), qui hésitent sur la nature des relations sociales (au XVIIIe siècle, Marivaux) ou qui s'interrogent sur l'identité de l'homme (au XXe siècle, Pirandello, Genet).

Un facteur réflexif, enfin, qui fait la spécificité du déguisement théâtral puisqu'il est absent du déguisement narratif : jouer un rôle, pour un acteur, c'est endosser l'identité d'unpersonnage fictif, et donc se déguiser ; jouer le rôle d'un personnage qui se déguise aboutit donc à une sorte de « surthéâtralisation ». De ce point de vue, le déguisement est une image symbolique de l'activité théâtrale. Cela ne signifie pas que tout déguisement soit automatiquement un jeu de théâtralité, mais il en est virtuellement porteur et il suffit de le mettre à distance, comme souvent dans la comédie classique ou le théâtre contemporain (regard extérieur, commentaire ironique) pour que la théâtralité en soit soulignée.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026