Châssis
[Système esthétique]
Synonyme : feuille. Le châssis de décoration trouve son origine dans la scène humaniste italienne. Lié à l'histoire de la perspective, il se conforme parfaitement au principe de ségrégation des plans qui caractérise la perspective centrale pour susciter l'effet de profondeur. Comparable au tableau de chevalet, il autorise tous les artifices du trompe-l'œil. Sa géométralité s'adapte parfaitement au principe de la scène coulissante, mise en œuvre pour résoudre le problème des changements de décor à vue. Ainsi le châssis structurera bien vite les plantations de la nouvelle scène d'illusion. Toutefois, il saura évoluer avec les mœurs esthétiques et s'adapter aux tendances, aux traitements et aux plantations nouvelles. Lié dans son commencement au décor à la feuille– aux feuillets de coulisse–, il saura traverser les révolutions scéniques et satisfaire pleinement les besoins du décor construit [voir Châssis, principe de construction].
Origines
C'est peut-être Bernardo Buontalenti qui a été parmi les tout premiers utilisateurs du châssis de décoration à coulisse. En 1589, il y recourt en partie pour la réalisation d'un décor d'intermède qui nécessitait le changement à vue (représentation de La Pellegrina de Girolami Bargagli à la cour des Médicis dans le premier théâtre fixe de Florence). En 1600, dans ses Perspectivae libri sex, dont le sixième livre De scaenis est entièrement consacré aux problèmes de la scène théâtrale, le mathématicien Guidobaldo dal Monte, dit Guido Ubaldus, pose les bases scientifiques du système des châssis géométraux reliés entre eux par l'obéissance à un même point de fuite. Ainsi, s'inscrivant dans une logique scénographique, assimilée à la vue en perspective, le décor en châssis de coulisse succède au décor fixe, tel que le concevait Serlio en 1545 avec ses plans in maesta et ses plans de fuite et le réalisait encore Scamozzien 1585 pour le théâtre Olympique de Palladioà Vicence. Cette évolution essentielle est parachevée avant les années 1650, aussi bien sur le plan pratique, avec Aleotti, Guitti, Chenda, Torelli, que sur le plan théorique de la perspective avec la référence au principe rénové de la scena ductilis (scène coulissante) à châssis géométral, contenue dans La Perspective pratique du père Du Breuil (1642-1649) qui parle de « ces perspectives mouvantes par le moyen des châssis qui se mouveront dans les coulis ».
Évolution des plantations
La plantationd'origine est la plantation géométrale [voir Géo(se mettre)] : calquée sur le tracé de la perspective centrale, frontale, médiane, définissant a posteriori la place du Prince, délimitant sur scène un trapèze, répartissant symétriquement les châssis par plans(d'où le mot plantation) parallèles au bord de scène. En 1693, dans un traité, le père jésuite Pozzo modifie les châssis en proposant des coulisses décroissantes, plantées de façon légèrement oblique, afin de mieux lier les plans et exagérer l'effet de profondeur. Au tout début du XVIIIe siècle, Servandoni en France, mais surtout Fernando Galli Bibiena en Italie apportent deux transformations importantes. À la perspective centrale axée et symétrique, construite à partir d'un seul point de fuite, ils substituent une nouvelle règle, la vue sur l'angle, asymétrique, multipliant les points de fuite, décentrant le point de vue dans un esprit baroque, suscitant une perspective diagonale. À une représentation complète d'un palais, par exemple, ils préfèrent travailler en vraie grandeur, exagérant même les proportions quitte à ne représenter dans les premiers plans qu'un fragment, donnant à imaginer l'ensemble comme perdu dans les cintresou se prolongeant sur les côtés, hors de la vue du spectateur, excitant son imagination. Cela modifie à la fois le principe de conception des châssis et celui de leurs plantations, qui deviennent plus irrégulières. Le drame romantique bouleverse les conceptions scénographiques avec Daguerre et Ciceri par la référence à la couleur locale – « la localité exacte », dira Hugo – et au refus de la règle d'unité de lieu ; mais surtout remaniant l'emploi de la perspective, ils privilégient la vision panoramique, que ce soit dans la figuration des extérieurs ou celle des intérieurs. L'emploi des panoramas, puis des cycloramas, celui de décors fermés renouvellent le système des plantations. L'éclairage au gaz modifie le travail des peintres. La nature et la fonction du châssis se transforment ainsi. Celui-ci devient un élément de plus en plus diversifié qui se fond dans un ensemble de plus en plus complexe de tentures, de toiles, de principales, de terrains, de praticables, de mobilier. Le décor construit ou le plateau nu complètent cette évolution. Le châssis s'efface, parfois totalement, parfois partiellement. Quand il subsiste, c'est comme support, comme module de construction. Sa fonction esthétique originelle de coïncidence, de matérialisation d'un plan de vision s'est évanouie avec l'imaginaire qui l'a suscitée, abandonnant du même coup les plantations auxquelles il conduisait et les machines qui l'animaient. [Voir Décor(décor à la feuille et décor construit).]
Bibliographie sélective
- Il Luogo teatrale a Firenze , Brunelleschi, Vasari, Buontalenti, Parigi, [catalogo a cura di Mario Fabbri, Elvira Garbero Zorzi, Anna Maria Petrioli Tofani ; introduzione di Ludovico Zorzi], Milano : Electra editrice, cop. 1975
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques