Cyclorama
[couramment, cyclo]
Toile de fond de scène ou de plateau de cinéma, de plan courbe et de grandes dimensions, sans joints ni couture, opaque ou translucide (rétroprojection), unie, de teinte claire, neutre ou bleu ciel pâle, parfois dégradée, modulable par l'éclairage et les projections.
Aujourd'hui, le cyclo est souvent en plastique en raison de ses qualités de réflexion ou de transparence à la lumière. Sa forme de demi-cylindre vertical peut varier dans le tracé de sa courbure jusqu'à se composer d'un fond aplani relié par deux quarts de cylindre à des retours latéraux droits. Le cyclorama peut plus ou moins fermer le passage à cour et à jardin. Généralement, les retours sont limités de façon à ne pas entraver l'accès entre le cyclorama et le cadre de scène. Par extension de sens, le cyclo désigne tout fond plan tendu, d'effet neutre ou avec effet de ciel.
Son mode d'équipement est multiple. Il peut être tendu entre deux tubes en forme placés en tête et en pied ; équipé au gril, il s'appuie au cintre. Il peut aussi être équipé sur une patience en forme, suspendue à partir du gril à la hauteur voulue, s'enrouler et se dérouler à cour et jardin autour de troncs de cône rotatifs, les tambours du cyclorama, mus électriquement. Enfin, pour éviter tout plissement, il peut encore être tendu sur un cadre rigide (structure métallique tridimensionnelle légère ou même, plus traditionnellement, structure constituée de châssis et de feuilles de contre-plaqué entoilés et cintrés, contrebalancée et manœuvrée électriquement, compte tenu du poids). Son usage est assez précis, que ce soit sur une scène fermée (encadrée) ou sur une scène ouverte (adossée) ; s'il peut servir, comme un écran, à des décors projetés, il sert essentiellement, soit à masquer, à composer un fond neutre, soit à clore un dispositif, ordinairement par un effet de ciel. L'éclairage permet alors une variation d'effets (lever, coucher de soleil, de lune) qui, tout en dématérialisant le support par l'action de la lumière, donne en fond de scène une impression d'étendue et d'horizon ouvert parfois assez saisissante. Cet emploi est devenu une convention très usitée, en particulier dans les effets d'éclairage en contre-jour qui en résultent, dont Strehler ou Chéreau, par exemple, ont beaucoup joué.
Cet équipement est récent. L'installation d'un cyclorama à la Comédie-Française date de 1935. Il est typique des théâtres du XXe siècle, à mettre en relation avec le panorama dont il procède et diffère. Il représente, avec ses contraintes (d'encombrement), une tentative de clôturer insensiblement et continûment un décor en supprimant le sentiment de butée d'une toile de fond. Dans le traitement de l'espace scénique au lointain, cette recherche de continuité parfaite et de délimitation discrète a conduit sans grand lendemain aux coupoles atmosphériques, notamment en Allemagne (Neues Schauspielhaus de Dresde en 1913). Nés de la volonté de supprimer les frises et les bandes d'air jugées invraisemblables, le cyclorama ou la coupole tentent de saisir l'insaisissable : l'immensité aérienne, l'« ouverture totale ». Cette tentative est une version actualisée d'une dialectique ancienne au théâtre qui « fait jouer en dialogue permanent la clôture du lieu fermé avec l'ouverture du monde ambiant » (M. Corvin), et de ce désir de maîtriser l'espace par une démonstration visuelle convaincante, objectif de toute perspective.
La vogue du cyclo au début de ce siècle a conduit à concevoir des cycloramas rigides et à y intégrer des dispositifs permettant toute une série d'effets atmosphériques : ciel étoilé, pluie, neige, arc-en-ciel. Le Grand Théâtre de Bordeaux en a possédé un de cette sorte, déposé lors de la restauration du théâtre en 1992.