Panorama
Ce terme condense des aspects importants de la représentation spatiale au théâtre. Ces aspects sont esthétiques, historiques et techniques.
Dans le domaine de la représentation de l'espace, la vision panoramique se distingue de la vision scénographique au sens strict : elle implique une saisie de l'étendue dans son déploiement total jusqu'à 360 degrés, le balayage circulaire du regard d'un spectateur situé au centre, la constitution d'un champ perspectif continu [voir Perspective] ; la vision scénographique implique une saisie de la profondeur par la ségrégation successive des plans, la focalisation du regard, la délimitation d'un tableau perspectif correspondant à l'angle visuel moyen (environ 30 à 40 degrés), jouant sur l'alternative d'un point de fuite centré, d'une vue axiale et frontale (Torelli au XVIIe siècle) ou d'un décentrement du point de fuite, d'une vue sur l'angle (Bibiena au XVIIIe siècle). La vision panoramique implique une très grande maîtrise et sophistication des procédés perspectifs. Présentée comme « le triomphe de la perspective » au XIXe siècle (cité par Pougin), cette vision a naturellement succédé aux anciens procédés de figuration de l'espace, les rendant du même coup insatisfaisants aux yeux des spectateurs.
Dès la fin du XVIIIe siècle, cela a conduit à la vogue des panoramas (Breysig à Dantzig, puis Backer en 1793 à Édimbourg, enfin Fulton en France au tout début du XIXe siècle). Le principe de cette attraction spectaculaire : représenter une scène, un site exceptionnels par une peinture très construite et très fouillée, réalisée sur le plan courbe intérieur d'une rotonde et placer le public au centre de façon à lui donner le sentiment d'être au cœur même du site grâce à l'adjonction d'effets secondaires actifs (semi-obscurité dans la salle, éclairage étudié sur la peinture, objets en relief aux premiers plans). Cette attraction dont la vogue sera durable (voir son évocation dans le Père Goriot de Balzac) va être un des facteurs de renouvellement de la décoration théâtrale dans les années 1820-1830 avec l'ouverture brève du Panorama dramatique (de 1822 à 1823) par le baron Taylor et le décorateur Alaux, et surtout l'introduction, en l'adaptant aux théâtres, du principe du panorama dans les décors (Daguerre, Ciceri).
Sur le plan technique, panorama désigne aujourd'hui des réalités diverses selon que l'on parle du décor, matériel mis en œuvre, ou de la décoration, effet spatial recherché. Matériellement, à l'origine, le panorama est un ensemble concave, continu et rigide, de très hauts châssis. Spatialement, il désigne la figuration d'une étendue assez vaste. Ce qui explique que l'on puisse parler d'un panorama souple (toile décorée équipée sur des troncs de cône rotatifs suspendus, dits tambours, permettant son déroulement et son enroulement, de cour à jardin et vice-versa, avec éventuellement un effet de défilement) ou d'un cyclorama rigide. La différence réside dans la fonction et la présence ou non d'une décoration paysagée.
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens
- France
- Royaume-Uni
- Allemagne
- 18ème siècle
- 19ème siècle