Toile

Dans la langue théâtrale du XIXe siècle recueillant la tradition des XVIIe et XVIIIe siècles, la toile est le rideau d'avant-scène qui dévoile et clôt la représentation. « Les lettrés lui donnent généralement le nom de rideau ; le populaire l'appelle plus familièrement la toile » (Pougin, 1885). C'est aussi la toile de fond, toile peinte au lointain. Aujourd'hui, toile et rideau sont des notions assez distinctes.

Voile, draperie, toile ou écran, le tissu sous toutes ses formes constitue un des éléments traditionnels essentiels de l'équipement scénique, composant ce que l'on appelle les éléments souples (antonyme : les éléments rigides [voir Châssis]). Ces éléments se divisent en toiles peintes et rideaux drapés. Il existait au XIXe siècle une grande variété de toiles peintes : toiles de fond fermant la perspective au lointain, principales (toiles de toute la largeur de la scène, amplement ajourées), découvertes ou pantalons (toiles décorées ou neutres, plus étroites, placées derrière une porte, une fenêtre ou une baie aux fins de masque), bandes d'air (frises figurant le ciel), bandes de verdure (figurant des frondaisons), bandes de plafond (à ne pas confondre avec le plafond plan des salons fermés). Les tulles permettent des effets intéressants d'apparition et de disparition grâce à leur armure à mailles polygonales ou quadrangulaires, plus ou moins lâches. Équipé en tension, éclairé de côté et de face, il s'opacifie, révélant sa surface. On peut ainsi faire apparaître par ce jeu d'éclairage un motif peint invisible jusqu'alors, ou un fond neutre. À l'inverse, si l'on éclaire seulement l'espace, le volume, les corps et les objets situés derrière le tulle, il devient totalement transparent. Les toiles sont peintes tendues à plat, broquetées sur un plancher dans les ateliers, à coups de brosses au long manche.

Le peintre travaille debout ; le récipient mobile pour mélanger les teintes s'appelle le « camion ». Pour prendre du recul afin de juger de son travail, il grimpe à une échelle double, ou monte à une galerie circulaire située dans la partie haute de l'atelier. Les rideaux drapés, généralement en velours, comprennent – outre le rideau d'avant-scène, traditionnellement peint en trompe-l'œil dans les salles à l'italienne, complété par le traitement en draperie peinte du lambrequin [voir Scène(cadre de)] : le rideau de manœuvre, équipé derrière le manteau d'Arlequin et utilisé pour les changements, les frises, les pendrillons et le rideau de fond [voir Taps]. Quand un acteur perdait le fil de sa tirade, il faisait de la toile , disait-on, au XIXe siècle. Aujourd'hui, il brode. Quand, à l'Opéra, on dit d'un technicien qu'il fait la toile, on parle de la tâche qui consiste pour lui à déséquiper les toiles de la représentation de la veille pour équiper celles de la représentation du jour.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026