RIVAS CHERIF Cipriano de

Madrid, 1891 - Mexico, 1967

Auteur, critique théâtral et metteur en scène espagnol.

Grand divulgateur des théories théâtrales européennes à travers des centaines d'articles, il mène une réflexion globale sur la modernisation du théâtre espagnol dont témoigne son seul ouvrage théorique : Como hacer teatro (Comment faire du théâtre) et tente de mettre en pratique ses idées à travers une série d'expériences théâtrales multiformes qui font de lui le chef de file du théâtre expérimental madrilène dans les années 1920 et 1930.

Il débute en 1920 par un essai infructueux de création d'un « théâtre du peuple » (qui oscille entre les théories de Rolland et le modèle du théâtre soviétique) au sein de La Escuela Nueva (l'École Nouvelle), d'orientation socialiste. Entre 1926 et 1929, il se replie avec un groupe d'amis (dont les Baroja et Valle-Inclán) sur le théâtre expérimental : El Mirlo Blanco, El Cántaro Roto, El Caracol réalisent des montages qui sont de véritables événements théâtraux, comme l'adaptation de son œuvre, Un sueño de la Razón (Un songe de la raison), ou celle de l'Orphée de Cocteau. Ces petits groupes théâtraux sont conçus comme des laboratoires d'expérimentation scénique (Rivas Cherif s'inspire, en vrac, de Craig, de Reinhardt, de Gémier ou de Copeau) et comme des tremplins vers le grand public. Il retrouve la scène commerciale dans les années 1930, où il va donner toute la mesure de son talent de metteur en scène aux côtés d'Irène López Heredia, Isabel Barrón et surtout Xirgu (1930-1936). Le théâtre espagnol connaît l'une de ses périodes les plus florissantes ; García Lorca avec La Zapatera prodigiosa (La Savetière prodigieuse, 1930), Yerma (1934) et Valle-Inclán avec Divinas palabras (Divines paroles, 1933) sont alors définitivement consacrés. Médée au théâtre romain de Mérida, El Alcade de Zalamea (L'Alcade de Zalamea, 1932) de Calderón ou Fuente ovejuna de Lope de Vega dans Les jardins du Retiro (1935) font date dans l'histoire du théâtre espagnol.

À la rénovation du répertoire et à l'innovation scénographique s'ajoute un souci de formation intégrale des acteurs, sans laquelle il juge impossible toute réforme en profondeur du théâtre.

Intellectuel progressiste, convaincu de la valeur sociale du théâtre, il poursuit pendant toute sa vie le rêve, quelque peu utopique, d'un théâtre national et populaire qui, tout en étant ancré dans une tradition espagnole, saurait adapter les nouvelles tendances européennes. Malgré les difficultés, les échecs, il reste, dans une Espagne qui n'a ni théoriciens du théâtre, ni grands metteurs en scène, un cas exceptionnel de ténacité dans la lutte pour le renouveau du théâtre espagnol.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Espagne
Période(s) :
  • 20ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026