VALLE-INCLÁN Rámon María del
Pseudonyme de Ramón del Valle y Peña
Écrivain espagnol.
Il fut l'un des plus brillants écrivains de son pays en son temps. Sa trajectoire idéologique le conduisit d'un traditionalisme idéalisé à des prises de position révolutionnaires.
Son œuvre dramatique très originale contribua, avec celle de García Lorca, à donner au théâtre espagnol un éclat remarquable. La Galice natale de Valle-Inclán revit dans ses premières pièces. Il s'agit d'un monde rural violent et brutal, accablé de misère, peuplé de personnages inquiétants ou dégénérés où se détache la figure d'un nobliau de village, Don Juan de Montenegro, symbole d'un monde en perdition. Cet univers halluciné revit dans les comedias bárbaras : Águila de blasón (Aigle de blason, 1907), Romance de lobos (Romance de loups, 1908), Cara de plata (Visage d'argent, 1922). Ces pièces « barbares », d'une extraordinaire intensité dramatique, au style brutal ou étincelant, sont davantage des récits dialogués que de véritables pièces de théâtre. Alliant l'élégance raffinée du « modernisme » à l'âpreté d'une langue haute en couleur, parsemée de termes populaires, les farces et les drames écrits entre 1909 et 1920 offrent l'aspect chaotique et disparate, cher à l'auteur, qui donne à ses œuvres une tonalité singulière de rêve ou de cauchemar : La Cabeza del dragón (La Tête du dragon), Cuento de abril (Conte d'avril), Voces de gesta (Cris de geste), El Embrujado (L'Ensorcelé). Des personnages de la commedia dell'arte, de la comedia du Siècle d'or espagnol ou de la comédie galante française se mêlent dans la Marquesa Rosalinda (La Marquise Roselinde, 1913) « farce sentimentale et grotesque » au lyrisme grinçant.
La publication en 1920 de quatre œuvres capitales montre une orientation nouvelle de l'inspiration. La Farsa italiana de la enamorada del Rey (Farce italienne de l'amoureuse du roi) fait des personnages de ridicules marionnettes. Farsa y licencia de la Reina castiza (Farce et licence de la reine chaste et pure) annonce la cruelle satire du règne d'Isabelle II qui s'épanouira dans la trilogie de El Ruedo ibérico (L'Arène ibérique, 1927-1932). Divines paroles (Divinas palabras), une des plus belles œuvres de Valle-Inclán, est une exacerbation de l'univers sordide et démoniaque des comédies barbares. Lumière de Bohème (Luces de bohemia) dépeint, autour de la figure d'un poète aveugle réduit à la misère, les bas-fonds madrilènes avec ses truands, ses artistes ratés, ses prostituées, ses pauvres hères. Ce drame est une parabole dérisoire de l'Espagne. Selon le mot fameux de l'auteur, il s'agit d'un esperpento, c'est-à-dire d'une déformation grotesque de la réalité et des êtres destinée à transporter le spectateur au-delà du rire et de la douleur. Trois esperpentos d'une âpreté iconoclaste sans pitié à l'égard des institutions sont groupés sous le titre de Martes de carnaval (Mardi de carnaval) : Los Cuernos de don Friolera (Les Cornes de don Friolera, 1921) ; Las Galas del difunto (Les Atours du défunt, 1926), La Hija del capitán (La Fille du capitaine, 1927). Retable de l'avarice, de la luxure et de la mort (Retablo de la avaricia, la lujuria y la muerte) réunit quelques pièces brèves écrites entre 1924 et 1927 : La Rosa de papel (la Rose de papier), La Cabeza del Bautista (La Tête de saint Jean-Baptiste), Ligazón (Liaison), Sacrilegio. Au-delà des conventions esthétiques de son époque, dominée par Benavente, Valle-Inclán, partisan d'un théâtre à la scène multiple, influencé par le cinéma, au mépris des goûts convenus du public ou de tout conformisme, a créé une œuvre dramatique puissante et très originale qui annonce les recherches d'avant-garde les plus neuves.
Bibliographie sélective
- Valle-Inclan , anatomía de un teatro problemático, Sumner M. Greenfield, Madrid : Taurus, 1990
- Valle-Inclán, un Espagnol de la rupture , Eliane et Jean-Marie Lavaud, Paris : Actes sud, 1991
- El teatro en prosa de Valle-Inclán, 1899-1914 , Jean-Marie Lavaud, Barcelona : PPU, 1992
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Espagne
- 19ème siècle
- 20ème siècle