COCTEAU Jean
Auteur dramatique, écrivain et cinéaste français
Homme de spectacle complet, il a composé des pièces très différentes les unes des autres, pleines d'originalité et d'une intense poésie scénique.
Cocteau a dès l'enfance « contracté le mal rouge et or » du théâtre. Séduit par les Ballets russes, il écrit des arguments pour Le Dieu bleu (1912) et pour Parade, qui, avec l'apport de Picasso , Satie et Massine, fait scandale en 1917. Il exalte l'esprit nouveau et collabore avec des musiciens : Milhaud pour Le Bœuf sur le toit en 1920, le groupe des Six pour Les Mariés de la tour Eiffel présentés par les Ballets suédois en 1921. Il adapte et contracte des textes classiques : Antigone, Roméo et Juliette, et propose sa vision des mythes antiques avec Orphée, monté par Pitoëff en 1926, et La Machine infernale (1933), créé par Jouvet en 1934. La Voix humaine est joué à la Comédie-Française en 1930. Les Chevaliers de la Table ronde est mal reçu en 1937. Les Parents terribles attire le public en 1938. Après Les Monstres sacrés (1940) et La Machine à écrire (1941) dans un registre réaliste, Cocteau change de manière avec Renaud et Armide (1943), tragédie en trois actes et en vers. L'Aigle à deux têtes, interprété par Marais et Feuillère (1946), est un grand succès. Bacchus (1951) provoque une vive querelle, Mauriac accusant l'auteur de sacrilège. L'Impromptu du Palais-Royal est créé à Tokyo en 1962.
La diversité de la production dramatique de Cocteau correspond à son goût de la surprise et des expériences nouvelles. Il rejette les formules toutes faites, ne s'installe pas dans un genre et précède constamment la mode. Avant-gardiste provocateur avec Les Mariés de la tour Eiffel , il revient au drame bourgeois à la façon de Bataille dans Les Parents terribles où Yvonne ne supporte pas que son fils Michel épouse une jeune femme, Madeleine, qui se trouve avoir une liaison avec le père de Michel. Il donne un nouvel élan au drame romantique grâce à l'Aigle à deux têtes qui met en présence une reine d'esprit anarchiste et un anarchiste d'esprit royal venu pour la tuer. Soucieux de substituer une poésie de théâtre à la poésie au théâtre, il surveille décors, costumes, éclairage, mise en scène, inventant des images surprenantes et poussant les acteurs au-delà d'eux-mêmes. Son goût des masques, du pastiche et des formes à l'ancienne donne à ses ouvrages un ton parfois artificiel et moins personnel que dans ses autres œuvres. Pourtant son chiffre est là, dans les souffrances de la désintoxication qui transparaissent dans la fable des Chevaliers de la Table ronde, dans la chambre à coucher rouge comme une petite boucherie d'Œdipe et Jocaste, dans l'ombre du père absent de l'Épouse injustement soupçonnée, dans la vivacité du Théâtre de poche, dans le personnage de l'ange Heurtebise accordé au mystère. Avec son langage sec, crépitant et concis, la dramaturgie de Cocteau multiplie les tentatives pour suggérer l'invisible.
Bibliographie sélective
- Jean Cocteau et le théâtre , textes et documents réunis par Pierre Caizergues, Montpellier : Centre d'études du XXe siècle, Université Paul Valéry, 2000
- Jean Cocteau , sur le fil du siècle, Paris : Société française de promotion artistique, 2003
- Jean Cocteau, quarante ans après , 1963-2003, Centre d'étude du XXe siècle-Université Paul-Valéry, Montpellier III ; Centre Pompidou ; textes et documents réunis et publiés par Pierre Caizergues, Montpellier : Publications de l'Université Paul-Valéry, Montpellier 3, 2005
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- France
- 20ème siècle