KREJČA Otomar
[Kreïtcha]
Acteur et metteur en scène tchèque.
Après la Libération, il est engagé par Burian au théâtre D46 où il interprète entre autres le Prométhée d'Eschyle et Cyrano. L'année suivante, il accepte l'invitation de Frejka à le rejoindre au théâtre municipal où il reste jusqu'en 1951. Il débute en Macbeth et crée ensuite différents rôles importants dans les autres mises en scène de Frejka qui le charge de sa première mise en scène – une pièce rarement jouée, La Fausse Monnaie de Gorki (1949). Après le départ de Frejka, Krejča accepte en 1951 un engagement au Théâtre national où il interprète environ quinze rôles. En 1954, il obtient au Théâtre national sa première occasion de metteur en scène (Wilde, Un mari idéal). En 1956, il est nommé directeur artistique et dès lors se consacre en majeure partie à la mise en scène tchèque qu'il voulait débarrasser du traditionalisme fané, de la servitude à l'idéologie officielle et de la représentation d'oripeaux. Il introduit, et lui-même met en scène, certains auteurs tchèques nouveaux (le poète F. Hrubín, Topol, M. Kundera) ; contrairement aux pièces du réalisme socialiste jusqu'alors jouées, leurs textes expriment la sensibilité réelle de l'homme actuel. Après quelques saisons, le répertoire contemporain l'emporte au Théâtre national et l'interprétation des classiques, tchèques et autres, se modifie, notamment dans les mises en scène réalisées par Krejča. En 1960, celui-ci met en scène avec un grand retentissement son premier Tchekhov (La Mouette) et l'on commence à parler de l'ère Krejča au Théâtre national.
Mais bientôt après culmine la campagne contre ses principes non conformistes ; il renonce à la fonction de directeur artistique ; toutefois il reste au Théâtre national comme acteur et metteur en scène. À cette époque, il commence à travailler aussi pour d'autres théâtres, entre autres le Théâtre Na zábradlí (Sur la balustrade), où il met en scène la première pièce de Havel, La Fête en plein air (Zahradní slavnost). Souvent on l'invite à réaliser des mises en scène à l'étranger. Mécontent de l'inertie artistique et administrative du grand théâtre d'État, il fonde avec quelques collaborateurs le Divadlo Za branou (Théâtre Derrière la porte) ; peu à peu il y constitue un ensemble avec lequel il peut pour la première fois développer de manière autonome ses opinions artistiques et se consacrer à un travail systématique avec Topol dont la pièce, Kočka na kolejích (Une chatte sur les rails, 1965), inaugure le théâtre et devient l'auteur de la maison. L'axe du répertoire est représenté par les pièces de Tchekhov (Les Trois Sœurs, Ivanov, La Mouette) auxquelles – en partie pour des raisons pédagogiques – on ajoute des œuvres de Giraudoux, Nestroy-Kraus-Mahler, Musset, Sophocle. Chez l'acteur, Krejča exige aussi la capacité d'imagination dans la parole, le mouvement et le geste. Il ne se contente pas de la vraisemblance, il veut représenter « la vie de l'esprit humain ». C'est à cette idée que Krejča fait le plus souvent appel, une idée de Stanislavski dont il s'inspire et dont il développe la méthode. Dans ses mises en scène, Krejča s'efforce de concrétiser au maximum la vie interne des personnages et leurs relations réciproques. De cette façon, il réussit – probablement pour la première fois – à exprimer le caractère extrêmement dramatique des pièces de Tchekhov avec qui il se sent le plus intimement lié, soulignant leur validité existentielle, intemporelle.
En 1972, au moment où le Théâtre Za branou atteint les plus grands succès, y compris pendant les tournées en beaucoup de pays d'Europe, une décision du pouvoir le fait fermer. Krejča, qui en sa qualité de président de l'Union tchécoslovaque des artistes dramatiques participa activement au « printemps de Prague », se retrouve sans travail pendant presque deux ans. Après la mise en scène de Faust au Burgtheater à Vienne en 1976, il est pendant deux ans directeur artistique à Düsseldorf puis à Louvain-la-Neuve ; à Avignon il met en scène Lorenzaccio et Godot ; à Syracuse Les Suppliantes d'Eschyle ; à Paris La Mouette, à la Comédie-Française, Père de Strindberg à Chaillot. Ce n'est qu'en 1989 que dans son pays les responsables de la culture commencent à marquer de l'intérêt – surtout après les interventions de la jeunesse théâtrale – à ce que Krejča reprenne son activité dans sa patrie. En 1991, il a relancé le Théâtre Derrière la porte II ; pour sa réouverture il a choisi La Cerisaie de Tchekhov. Après En attendant Godot de Beckett et L'Homme difficile de Hofmannsthal, la même année, il a réalisé, avec Les Géants de la montagne de Pirandello (1994), une mise en scène fascinante d'une puissante imagination. Le programme esthétique exigeant de Krejča qui opposait un grand geste artistique au pragmatisme des années 1990 et qui visait à la renaissance de l'art de l'acteur tchèque, n'a cependant reçu qu'un accueil réservé de la part du public et de la critique tchèques. Le ministère de la Culture a pris la décision de fermer le théâtre fin 1994 pour des raisons économiques. Ensuite Krejča n'a réalisé que deux mises en scène au Théâtre national de Prague (Faust de Goethe, 1997, Minetti de Bernhard, 2001) dans lesquelles il a accentué le thème du sens et de la vocation de la création artistique.
Bibliographie sélective
- Otomar Krejča , Jindřich Černý, Prague : Orbis, 1968
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Tchéquie
- 20ème siècle
- 21ème siècle