FREJKA [Freïka] Jiří

Outěchovice, 1904 - Prague, 1952

Metteur en scène tchèque.

Un radicalisme juvénile caractérise son travail à Osvobozené divadlo (Théâtre libéré) qu'il crée en 1925 avec Honzl ; seul, il fonde le théâtre Dada et Moderní Studio (le Studio moderne) où il cherche de nouvelles voies pour le théâtre dans la poésie, dans l'anti-illusionnisme et dans le constructivisme scénique.

Il fait valoir ses qualités au Théâtre national où on l'engage en 1930 et où on lui confie notamment les pièces poétiques des auteurs français : Achard (Jean de la Lune), Neveux (Juliette ou la Clé des songes), Giraudoux (Intermezzo) , Cocteau (La Voix humaine et Les Chevaliers de la Table ronde). Après la mort de Hilar dont il subit profondément l'influence, on le charge de tâches de plus en plus difficiles dans le domaine du grand répertoire classique. Frejka conçoit ses mises en scène comme un avertissement contre le fascisme menaçant et contre la guerre. Dans sa tendance à une expression métaphorique, dans son goût pour une exploitation dynamique de l'espace et de la valeur symbolique de l'objet, il trouve un collaborateur non moins ingénieux : le scénographe Tröster qui participe depuis à la plupart de ses mises en scène. Il s'inspire souvent de la commedia dell'arte pour la composition musicale et chorégraphique de ses mises en scène ; néanmoins c'est toujours l'acteur qui représente la base essentielle, c'est pourquoi Frejka exige de lui une compétence professionnelle très vaste (danse, chant, mimique).

Pendant l'occupation nazie, il monte des classiques tchèques et des drames du répertoire universel dont il souligne les valeurs et les idéaux humanistes. Après la Libération en 1945, Frejka devient directeur du théâtre municipal, deuxième théâtre pragois. Dans le nouveau contexte social, il considère comme son devoir principal de créer un théâtre populaire de très haute exigence artistique. Parmi ses meilleures mises en scène de cette période, on compte Macbeth de Shakespeare, Sainte Jeanne de Shaw, Thésée de Neveux, Le Malheur d'avoir trop d'esprit de Gríboïedov et Dostigaïev et les autres de Gorki. Frejka se range parmi le tout petit nombre d'hommes de théâtre qui n'acceptent pas le réalisme socialiste. Fidèle à sa conception éthique et esthétique du théâtre, il refuse le primitivisme idéologique aussi bien qu'artistique. En 1950 on le révoque de son poste et on le mute dans un théâtre d'opérette. Même alors, il s'efforce d'élever le niveau artistique mais sans réussir à convaincre les partisans d'un théâtre « digestif ». Ébranlé par l'évolution de la société et éreinté par ses adversaires, il se suicide. Fondateur et premier recteur de l'École supérieure d'art dramatique (1945), il influença profondément plusieurs acteurs et metteurs en scène de la génération suivante (Krejča, J. Pleskot).

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe centrale et Russie

Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026