Valet
[Servante]
Esclave ou parasite dans la comédie antique, ce personnage réapparaît sous les traits du valet dans la comédie italienne de la Renaissance : imagination infinie dans la ruse, goût pour l'espièglerie, aptitude à la métamorphose, penchant pour l'argent, la nourriture ou la boisson, tendance au ridicule. Si le dosage entre ces caractéristiques peut varier, une constante demeure, qui les transcende : le valet à l'italienne possède le rôle d'auxiliaire de son maître dans l'action.
Pour saisir clairement toutes ses composantes, il faut distinguer entre sa fonction dans l'intrigue, sa fonction dans l'action et sa fonction dans la représentation. Sur le plan de l'intrigue, la place du valet est marginale : ce qui compte dans une comédie, c'est la satisfaction des amours du maître, dont il n'est au mieux qu'une pâle et ridicule doublure quand il lui arrive de mener parallèlement une intrigue amoureuse avec la servante. Sur le plan de l'action, sa fonction d'adjuvant – agir pour tromper l'opposant au désir de son maître (parents de la jeune fille, barbon amoureux) ou lui jouer un tour – peut prendre des proportions si envahissantes qu'elles font quelquefois de lui le premier rôle de la pièce (cas type : Les Fourberies de Scapin). Tout aussi importante est la fonction du valet sur le plan de la représentation, c'est-à-dire le plan des effets comiques produits sur le spectateur : c'est lui qui porte tout le poids du comique, le maître n'étant au mieux doté que d'un comique d'étourderie, plus souvent générateur de sourire que de rire.
Cet aspect s'est trouvé renforcé vers le milieu du XVIIe siècle, le valet français bénéficiant de l'apport du gracioso de la comedia espagnole. Personnage essentiellement burlesque, doté des mêmes penchants et défauts que Sancho Pança, ce valet, souvent déguisé en maître, se voit attribuer un rôle énorme, aux côtés de (ou en alternance avec) son maître. Cependant, ce valet à l'espagnole représente la limite extrême du type du valet – il est plus bouffon valet que valet bouffon – et c'est à cela qu'il doit de partager le premier rôle avec le personnage du jeune amoureux. Mais cette invention d'un valet à la fois non actif et présent au premier plan a constitué un renouvellement incontestable, dont Molière a su profiter, témoin la métamorphose du personnage de Mascarille, valet rusé à l'italienne dans l'Étourdi, valet bouffon à l'espagnole dans les Précieuses ridicules ; témoin le Sganarelle de Dom Juan.
Exceptionnels sont donc les cas où le valet jouit d'une telle indépendance qu'il puisse manifester de vrais désirs. C'est seulement à partir du moment où, postérieurement à 1680, les dramaturges français écriront pour la Comédie-Italienne installée à Paris, et pour sa figure centrale Arlequin, que le valet acquerra le statut d'un personnage doté d'un vouloir propre et par là rival de son maître – les conditions sociales de l'époque y sont aussi pour quelque chose –, préparant ainsi la voie au personnage de Figaro (non point celui du Barbier de Séville, valet à l'italienne, mais celui du Mariage).
Quant à la servante, inconnue du théâtre antique, son image a mis de longues années pour se stabiliser. La comédie humaniste hésite entre les personnages de la « nourrice » et de la « fille de chambre » (ou « chambrière »). C'est à partir de 1630 que son image se dégage définitivement de celle de la nourrice (dans les premières comédies de Corneille). Si au plan de l'intrigue, la situation de la servante paraît symétrique à celle du valet, il n'y a plus rien de comparable aux deux plans de l'action et la représentation. D'une part, il n'existe pas de tradition de servante bouffonne, d'autre part, au plan de l'action, seul le valet était depuis des temps immémoriaux au centre du jeu : malgré l'apport de la commedia dell'arte aucune servante, si remuante fût-elle, n'a été dotée d'une telle capacité à conduire l'action d'une pièce, la Dorine de Tartuffe illustrant parfaitement cette contradiction entre une apparence de personnage actif et des effets réduits sur l'action.
Bibliographie sélective
- Les Valets et les servantes dans le théâtre comique en France de 1610 à 1700 , Jean Emelina, Grenoble : P.U.G. [Presses universitaires de Grenoble]Cannes : C.E.L., 1975
- Le Personnage du naïf dans le théâtre comique du Moyen Âge à Marivaux , Lille : Atelier reprod. th. Univ. Lille 3, 1980
- Esthétique de l'identité dans le théâtre français , 1550-1680, Georges Forestier, Genève : Droz[Paris] : [diff. Champion-Slatkine], 1988
Classement
Spécialité : 17ème siècle
- France
- Espagne
- Italie
- Renaissance
- 17ème siècle
- 18ème siècle