Province
(Le théâtre français en)
Pendant la Renaissance comme au Moyen Âge, les villes de France ont des chances égales d'activité théâtrale. Puis les mouvements de centralisation et de décentralisation commencent à alterner. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que Paris s'impose comme capitale culturelle, aux dépens des provinces, dont Louis XIV fait un désert : la France ne s'en est pas remise.
Mons, Romans ou Valenciennes sont les villes où se jouent les grands mystères du XVIe siècle, succédant à cette inattendue capitale que fut Arras au XIIIe. Bordeaux, Lyon, Genève, Paris sont les foyers du théâtre humaniste. Les débuts du théâtre professionnel, quant à eux, toujours au XVIe siècle, sont liés à des troupes de campagne, qui ne s'arrêtent guère, et surtout pas à Paris où les Confrères de la Passion, après l'interdiction qui leur est faite de jouer des mystères (1548), vendent cher leur privilège et louent plus cher encore l'Hôtel de Bourgogne. Valleran-Lecomte, l'acteur chef de troupe le plus connu au tournant du XVIe et du XVIIe siècle, porte à travers les provinces ses farceurs, et son répertoire plus littéraire, celui d'Hardy.
Les troupes se multiplient au XVIIe siècle, toujours mobiles. Elles se constituent pour un an ou plus, et suivent des itinéraires entre les grandes villes, où elles s'installent quelques semaines, et les petites villes ou les gros bourgs, où elles ne jouent qu'une ou deux fois. C'est ainsi que se révèlent des auteurs de province, comme Corneille à Rouen, encouragé par Mondory. Le nord, plus urbanisé, est mieux desservi que le sud du pays.
Mais les rois s'établissent à Paris, les États et la noblesse sont dessaisis de leurs pouvoirs, une politique culturelle se met en place avec Richelieu qui ramène tout vers la capitale. Les errances de l'Illustre-Théâtre marquent les étapes de cette évolution : en 1645, on ne peut subsister à Paris, il faut partir vers les provinces où l'on trouve encore des protecteurs puissants. Mais sous Louis XIV, il faut revenir à Paris, seul lieu où les rentes soient sûres. La fin du règne de Louis XIV marque une relative désertification des provinces ; les bons comédiens, comme les bons auteurs, ne sont consacrés tels qu'à Paris.
Le Régent puis Louis XV inversent en partie ce mouvement ; ils renvoient aux grandes villes de province des acteurs et des répertoires parisiens : c'est une sorte de colonisation culturelle. Souvent contre le gré des autorités locales, des théâtres sont construits à leurs frais (Lyon, 1756, Bordeaux, 1780), des troupes sont autorisées à jouer par les gouverneurs de la part du roi. Les privilèges provinciaux, attribués à Versailles où vivent le plus souvent les gouverneurs, sont peu à peu regroupés ; la Montansier monopolise la moitié nord du pays. Près d'une centaine de villes accueillent des théâtres plus ou moins permanents. La fin de l'Ancien Régime tentera de freiner cette multiplication, qui s'impose pourtant. Les victimes sont les comédiens de campagne, dont on ne parle plus, et qu'ont écrasés les grandes entreprises. Dans l'étude des répertoires, on note un désintérêt pour la tragédie, une bonne santé de l'opéra, beaucoup de passion pour les comédies, l'opéra-comique, un engouement pour les spectacles de la Foire. Sous la Révolution, malgré l'accueil réservé aux pièces révolutionnaires, persiste un esprit traditionaliste.
Au XIXe siècle, ces caractéristiques se maintiennent avec un goût prononcé pour les ballets d'action, vaudevilles, mélodrames, féeries, plus tard opérettes. On note aussi une résistance au drame romantique et la persistance du culte des acteurs. La province présente, en outre, deux autres traits originaux : des feuilletons critiques de qualité (le Mémorial bordelais) et une production locale, riche et mal connue.
Bibliographie sélective
- Lexique des troupes de comédiens au XVIIIe siècle , Max Fuchs, Paris : E. Droz, 1944
- La Vie théâtrale en province au XVIIIe siècle. Tome I... , M. Fuchs,..., Paris, E. Droz, 1933. In-4°, 221 p., fig., fac-sim. [Don 220908] -IXe-
- La Vie théâtrale en province au XVIIIe siècle , personnel et répertoire, Max Fuchs, Paris : Ed. du CNRS, 1986
- La vie quotidienne des comédiens au temps de Molière , Georges Mongrédien, [Paris] : Hachette, 1966
- La Vie théâtrale à Bordeaux des origines à nos jours , 1, Des origines à 1799, sous la dir. de Henri Lagrave et Philippe Rouyer, Paris : Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1985
- Le théâtre en France , sous la dir. de Jacqueline de Jomaron, Paris : A. Colin, 1992