Masque antique

Que la valeur du masque ait été successivement ou simultanément d'ordre rituel, esthétique ou fonctionnel, l'usage en a été général dans toutes les formes du théâtre gréco-latin.

Le masque grec

Dans le théâtre grec tous les interprètes portaient obligatoirement un masque. Cet usage a été constant jusqu'à la fin de l'Antiquité.

En grec, le masque se dit prosopon, terme qui désigne le visage, le masque lui-même, le personnage de théâtre et la personne. La richesse sémantique du terme dont la racine est opsis (vision) révèle à elle seule la dialectique du masque dans le théâtre grec. Étymologiquement, le pros-opon est ce qui est contre la face du sujet, ce qu'il donne à voir, l'instrument d'une relation qui s'établit par l'échange des regards. Dionysos, le dieu au masque, le dieu des masques, dit dans les Bacchantes d'Euripide (v. 470) : « En regardant qui le regarde le dieu livre ses mystères. » Le masque de théâtre est le double du héros après avoir été celui d'un dieu ou d'un mort, car le masque a aussi une origine rituelle et funéraire. On a rapproché à juste titre le masque du théâtre grec et celui du théâtre des Japonais où la fascination du spectacle tient à cette identification du masque et du personnage.

Le masque de tragédie

Les premiers poètes dramatiques ont eu leur rôle dans l'invention des masques de tragédie. Thespis aurait utilisé des barbouillages ; Eschyle créa des masques particulièrement dramatiques, comme ceux des Furies poursuivant Oreste dans les Euménides : à leur apparition les spectateurs terrifiés furent pris de panique et les gradins, élevés pour la représentation, s'effondrèrent. Mais les masques de tragédie illustrés dans les documents archéologiques du Ve siècle av. J.-C. se caractérisent par leur inexpressivité. L'idéalisation du visage humain propre à l'art grec classique a été de règle pour les masques de tragédie dont le symbolisme a pu être figuré par des détails qui aujourd'hui nous échappent, notamment par la couleur. À l'époque hellénistique, l'expressivité des masques de tragédie va faire de grands progrès, sous l'influence en particulier de l'art pergaménien. Les skeuopoioi, ces fabricants professionnels de masques, accentueront alors l'expression pathétique ou terrifiante des masques : ligne tombante des sourcils et de la bouche qui s'entrouvre démesurément, yeux exorbités. Ces traits seront accentués jusqu'à la caricature à l'époque romaine. Le caractère monumental des édifices scéniques qui pouvaient recevoir jusqu'à 25 000 spectateurs explique aussi cette évolution : le masque s'agrandit, double de hauteur grâce à l'oncos, surélévation de la partie frontale. La bouche béante laisse alors passer largement la voix.

Le masque de comédie

Les masques de la comédie grecque ancienne (archaia) sont issus en grande partie des masques d'origine rituelle portés dans les fêtes agraires archaïques. Les masques zoomorphes du théâtre d'Aristophane (les Oiseaux, les Grenouilles, les Cavaliers) ont d'antiques précédents attestés sur des peintures de vases illustrant les chœurs archaïques (kômoi). Mais les poètes comiques ont inventé à leur tour de nouveaux masques, masques-caricatures comme celui de Socrate dans les Nuées d'Aristophane, masque extravagant comme celui de l'ambassadeur perse dans les Acharniens du même auteur : masque pourvu d'un seul œil à la façon du Cyclope. Ces masques ont des traits communs. Ils cultivent les expressions grotesques empruntées à l'ancien gorgoneion, sorte de masque primordial qui réunissait tous les pouvoirs magiques du masque et toutes les expressions, du grotesque au terrifiant, avec son nez camus, sa bouche distendue, ses yeux exorbités.

La comédie nouvelle (Nea) qui s'épanouit à Athènes à la fin du IVe siècle av. J.-C., avec Ménandre, semble avoir atténué tous les effets outranciers des masques de la comédie ancienne. Seuls les masques d'esclave, de soldat fanfaron, de père atrabilaire, de parasite ou de mère maquerelle gardent les rictus les plus bouffons, la bouche notamment se finissant en véritable porte-voix. En revanche, s'idéalisent les masques du jeune premier et de la jeune première, héros de ce drame bourgeois d'un nouveau genre.

Le masque du drame satyrique

Le drame satyrique de son côté garda toujours pour ses choreutes et ses héros dionysiaques des masques « satyriques » comme il se doit, masque d'être hybride à mi-chemin de l'homme et de la bête : oreilles chevalines, yeux globuleux, nez camard, bouche distordue. La diffusion des masques de ce type dans l'art et l'architecture prouve la popularité du genre malgré la pauvreté des textes qui nous ont été transmis. Mais il est souvent difficile de démêler dans ces illustrations l'influence du théâtre et celle plus générale du culte dionysiaque.

La valeur personnifiante du masque de théâtre grec est accentuée par sa morphologie : le masque, qui couvre tout le visage, comporte également une perruque qui à la façon d'un casque couvre la tête entière. Certains ont pensé que les masques pouvaient être faits dans la peau des chèvres sacrifiées à Dionysos. Mais des témoignages antiques parlent de chiffons stuqués et peints, la chevelure étant seule empruntée à la fourrure de certains animaux. Une riche polychromie contribuait à différencier les types de masques comme on a pu le vérifier sur les terres cuites découvertes à Lipari. Le masque-casque du théâtre grec semble bien inconfortable aux acteurs modernes, qui lui préfèrent le demi-masque. Son poids était amorti par le port du pilidion, petit coussinet qui protégeait le haut du crâne. Mais les acteurs, incontestablement, avaient un champ de vision réduit car les yeux du masque étaient peints et seule une petite ouverture, correspondant à la pupille, ménageait la visibilité. La bouche, sur les masques d'époque classique, était à peine entrouverte et la voix de l'acteur en était tamisée, ce qui produit dans les reconstitutions modernes un effet assez impressionnant de voix d'outre-tombe. Mais les acteurs ne devaient ménager ni leur souffle ni leur puissance vocale car ils étaient en scène durant six à huit heures, pour une tétralogie. En témoigne l'expression de l'acteur qui, sur un tesson du musée de Wurtzbourg, salue le public à la fin d'une représentation, après avoir ôté son masque, laissant apparaître un visage épuisé.

Un précieux catalogue, composé au IIe siècle de notre ère par Pollux (Onomasticon), dénombre les masques devenus désormais familiers à tous les spectateurs depuis que leurs traits se sont figés dans des types bien définis, dès le IIIe siècle av. J.-C. La tragédie en compte vingt-huit dont onze pour les rôles de femme tenus par les hommes (rappelons que les femmes étaient exclues de la scène grecque). C'est la comédie nouvelle qui présente le répertoire le plus complexe avec quarante-quatre types.

Nous n'avons conservé aucun masque antique d'origine, mais seulement des copies exécutées en matière non périssable. Le masque du théâtre grec est toujours resté chargé de sacralité. Cela explique sans doute que malgré ses inconvénients et son inconfort certain il soit resté en usage jusqu'à la fin de l'Antiquité. Sa diffusion dans l'art ainsi que dans la décoration architecturale et funéraire est significative de la place prise par le théâtre dans la civilisation grecque.

Le masque romain

Les masques de théâtre constituent un élément du style de la dramaturgie romaine. La tragédie, la comédie et la pantomime ont largement utilisé cet instrument de création légué aux Latins par les Grecs. Il semble même que les poètes se servaient de masques tragiques pour interpréter leurs œuvres. L'emploi de masques de théâtre s'étend du IIIe siècle av. J.-C. au début de l'ère chrétienne.

Les documents sur lesquels peuvent se fonder les chercheurs sont : les objets votifs trouvés dans les tombes de la voie Appienne et qui comportent de nombreuses représentations de masques et d'acteurs sous le masque ; des manuscrits de comédies de Térence illustrés de masques ; des terres cuites représentant divers types de masques et des bas-reliefs figurant des scènes de comédies masquées ; des mosaïques ou fresques de villas romaines représentant des acteurs (Pompéi).

Outre l'influence constante du théâtre grec sur les comédies et tragédies latines, celles-ci revendiquent une autre paternité. Celle des jeux populaires masqués où des non-professionnels improvisaient à l'occasion des moissons, les « jeux fescennins ». À ces rites champêtres, il faut ajouter la fable atellane, probablement étrusque, qui utilise au moins quatre types de masques fixes : Maccus le Niais, Dossenus le Rusé (bossu ?), Pappus le vieillard amoureux et Bucco le Bavard dont le caractère est moins précis (IVe siècle av. J.-C.).

L'héritage grec en matière de masque est connu. Il fera partie du patrimoine théâtral latin. La cavité exagérée de la bouche permettait l'amplification de la voix. Tous les masques romains ne portent pas cette cavité. Avec la faveur du genre pantomime, surtout pendant le premier siècle av. J.-C., les masques contribuent à enrichir le registre de l'acteur jouant en soliste accompagné de chanteurs et de musiciens. Il en emploie jusqu'à cinq par pièce. C'est le mime Bathylle qui aurait, selon la tradition, modernisé l'expression et supprimé (ce qui paraît logique) la bouche en porte-voix. Certains masques représentés sur les objets funéraires, mis au jour par les fouilles de Ficoroni, offrent l'aspect d'une sorte de cagoule, réalisée dans une matière souple comme la peau, épousant les volumes du visage de l'acteur. L'expression de ce type de masque, qui n'occulte pas totalement le faciès (les lèvres et les yeux y apparaissent nettement), n'est pas déterminée comme celle des masques grotesques de la comédie latine. Cependant, il recouvre comme les autres la totalité de la tête y compris le crâne. Certains masques romains sont dotés d'une expression qui diffère d'un côté à l'autre du visage. Il y a aussi des masques bifaces, qui devaient être employés pour changer rapidement de personnage.

Les thèmes mythologiques étant très populaires, il allait de soi que les masques illustrent cette épopée. On y a donc reconnu des héros du mythe tels que : Hercule, Bacchus, Ariane, Œdipe, Prométhée. Masques héroïques chaussés par les mimes tout autant que par les acteurs tragiques. Des personnalités historiques ont également été représentées par le masque, de Socrate à l'empereur Auguste. Dans une pantomime intitulée le Mariage de Jupiter, et qui fit scandale à Rome, le mime Pilade joua avec un masque qui reproduisait fidèlement les traits de l'empereur.

Lors des cérémonies funèbres, il était d'usage à Rome de faire venir des acteurs spécialisés dans l'imitation des personnes défuntes : l'archimime. Celui-ci portait un masque réaliste rappelant le visage du disparu et devait l'imiter de la voix et du geste. D'étranges processions réunissaient ainsi dans le cortège funèbre les vivants et les morts d'une même famille.

Bibliographie sélective

  • Le Masque de théâtre dans l'Antiquité classique , [exposition], Arles, Salles romanes, cloître St-Trophime, mars-avril 1986, [exposition organisée par les Musées de la ville d'Arles], [22] p.
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    http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36147387m
Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Antiquité - 16ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • Grèce
  • Italie
Période(s) :
  • Antiquité grecque
  • Antiquité romaine
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
26/05/2026