Pathétique
Caractère d'une œuvre théâtrale visant à provoquer chez le spectateur une émotion violente.
Bien que le pathétique soit parfois présenté, ce qu'il peut être, comme une dégénérescence de basse époque, il est possible aussi de voir en lui le témoin d'une forme primitive du théâtre. Il serait lié à des rites cruels très anciens, comportant, comme chez les Aztèques, non des simulacres de théâtre, mais de vrais sacrifices humains. Il figurerait dans des cérémonies célébrant l'extase religieuse par la frénésie. Une pensée théâtrale rationaliste ne peut le considérer qu'avec méfiance. Aristote ne mentionne qu'incidemment dans sa Poétique la tragédie pathétique et c'est peut-être en réaction contre le succès qu'elle remporte à son époque qu'il a tant insisté sur les thèmes de la vraisemblance.
De fait, après l'éclosion de la tragédie athénienne, le pathétique semble envahir tous les domaines de l'art grec, depuis Euripide jusqu'à la sculpture hellénistique. Tout se passe comme s'il naissait d'une décomposition ou d'un épuisement du tragique. La même évolution se remarque en Europe occidentale au XVIIIe siècle. Parallèlement au crépuscule, noté par les contemporains, du genre royal de la tragédie, se développe, sous le nom nouveau de drame, en France, en Angleterre et en Allemagne, une forme de théâtre plus réaliste, plus ancrée dans la société dont elle critique les injustices avec passion ; par le pathétique qu'elle cultive, elle fait de la sensibilité une arme déjà pré-révolutionnaire.
Exaspération du tragique, le pathétique est comme lui une lutte imaginaire contre l'angoisse. La peur de l'homme, prise en compte par l'art, est transfigurée en théâtre. Le spectateur délègue le héros pour subir à sa place, par l'opération de la catharsis, tous les malheurs du monde. Ainsi s'explique le paradoxe du pathétique. Saint Augustin par exemple, passionné de théâtre dans sa jeunesse, disait des autres spectateurs : « Cette douleur est leur joie. »