AUBIGNAC François Hédelin
(Abbé d')
Écrivain français, le plus pénétrant des analystes de théâtre de son temps.
Avocat, prêtre et précepteur du duc de Fronsac, neveu de Richelieu.
Son intérêt pour le théâtre culmine vers 1640, mais la mort du cardinal en 1642 met fin à ses ambitions. Il a écrit vers 1640 deux tragédies en prose, Zénobie, qui respecte les unités, et Cyminde, qui comporte des recherches de mise en scène. Il a également travaillé à un projet d'organisation des professions théâtrales. Mais son œuvre essentielle reste la Pratique du théâtre, qu'il ne publiera qu'en 1657. La page de titre la définit comme une « œuvre très nécessaire à tous ceux qui veulent s'appliquer à la composition des poèmes dramatiques, qui font profession de les réciter en public, ou qui prennent plaisir d'en voir les représentations ». Ainsi, se trouvent convoqués les auteurs, les acteurs et le public. Les premiers sont les principaux bénéficiaires de ce traité, qui, loin de se perdre dans les abstractions et de commenter une fois de plus Aristote, réussit à être vraiment une pratique, concrète, précise, donnant des règles réalistes et logiques, minutieuses, justifiées et pourtant souples, accompagnant l'auteur contemporain dans son travail. La Pratique descend aux minuties de la rhétorique, mais elle est surtout une leçon de dramaturgie.
Celle-ci est dominée par la notion de vraisemblance. Allégué partout, le vraisemblable donne lieu aux formules les plus absolutistes. La vraisemblance doit régner partout : dans l'action, naturellement, mais aussi dans « le temps, le lieu, la personne, la dignité, les desseins, les moyens et la raison d'agir ». Corneille, dans ses Discours de 1660, sera moins exigeant que l'abbé d'Aubignac.
Sur le lieu, l'abbé est prudent. Il pense que le lieu, étant lié au personnage, ne peut pas changer ; il est donc plus sensible à la constance du lieu qu'à son unification. Sur le temps, il distingue clairement la durée véritable de la représentation et celle de « l'action représentée en tant qu'elle est considérée comme véritable » ; celle-ci doit être limitée dans « le tour d'un soleil ».
C'est sur l'action et son rapport mystérieux avec le discours qu'il apporte les formules les plus neuves. Il a bien vu que le paradoxe du théâtre classique consiste en ce qu'il est essentiellement action et pourtant qu'il est constitué presque uniquement par des discours. La raison ? Là « parler, c'est agir ». Tout ce que le poète « invente, c'est afin de le faire dire ». La densité du discours permet de ne pas représenter les actions. Celles-ci « ne sont que dans l'imagination du spectateur, à qui le poète par adresse les fait concevoir comme visibles, et cependant […] il n'y a rien de sensible que le discours ».
Bibliographie sélective
- La pratique du théâtre , abbé d'Aubignac ; édité par Hélène Baby, Paris : H. Champion, 2011