MERLIN Serge

Sainte-Barbe du Tlélat (Algérie), 1932 - Paris, 2019

Acteur et metteur en scène français.

Merlin est un acteur rare : en près de 60 ans de carrière il n'a joué que dans 25 films et pièces de théâtre environ, et dans 3 opéras ; mais – au théâtre du moins – pour ne tenir que des rôles majeurs émanant d'écrivains (Strindberg, BeckettLe Dépeupleur, à deux reprises, notamment en 2003 dans sa propre mise en scène) avec qui il se sent en intimité, sinon dans l'angoisse, du moins dans une tension passionnée : tout jeune il a tenu le rôle de Faust dans la pièce de Marlowe (1951), puis le rôle du Christ (dans l'adaptation du Christ recrucifié de Nikos Kanzanzakis, 1958), tout en incarnant, sous la direction du cinéaste Wajda, des personnages forts (dans Samson, 1961, Danton, 1980, Un amour en Allemagne, 1983). Il a été le roi Lear dans la mise en scène de Langhoff (1987) qui l'avait également dirigé dans La Mission de Müller et dans Au perroquet vert de Schnitzler et encore, avec Karge, dans Frédéric, Prince de Hombourg de Kleist (1984) ; il a prêté sa voix à la Bouche, personnage d'outre-tombe des Paravents (m. en sc. Chéreau, 1983). Sa voix précisément est ce qui touche le plus à la première rencontre : rocailleuse, elle possède des harmoniques qui la font passer de la tendresse chuchotée à l'incandescence et à l'imprécation et qui transmettent au masque de l'acteur une puissance comparable à celle que l'on attribue à Artaud. À cet égard ce sont les personnages de Bernhard qui lui conviennent le mieux avec leur violence plus ou moins jouée où l'ironie effleure avec, aussi, des touches de confidence qu'il masque avec pudeur. Merlin a donc joué beaucoup de ses pièces : Simplement compliqué (m. en sc. Rosner, 1966), Le Réformateur (m. en sc. Engel), Le Neveu de Wittgenstein (m. en sc. Bernard Lévy, 2007) dont le critique J.-L. Kuffer a dit avec justesse que c'est « un hymne joyeusement funèbre à l'amitié ». Merlin est de ces acteurs qui ne sortent pas indemnes du plateau ni qui laissent les spectateurs sortir indemnes de la salle : il y met trop de sa force (conquise sur sa fragilité) pour laisser indifférent. Ne dit-il pas lui-même : « Faire du théâtre c'est se détruire au front de la lumière que l'on n'atteindra jamais » ?

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : 21ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

Pour aller plus loin

recherche.artcena.fr
Serge Merlin