DEJMEK Kazimierz
Acteur, metteur en scène et directeur de théâtre polonais.
Dejmek passe presque directement du maquis au théâtre ; remarqué par L. Schiller en 1946 et engagé à Łódź, il y crée, avec quelques camarades, le théâtre Nowy dont il devient directeur en 1950, au moment du triomphe du réalisme socialiste qu'il abandonne en 1956 en montant des spectacles contestataires. Mais c'est La Vie de Joseph, moralité du XVIe siècle réputée mortellement ennuyeuse, qui assure à Dejmek un succès éclatant et le place parmi les meilleurs. En 1962, après L'Histoire de la Vénérable Résurrection de Mikołaj de Wilkowiecko, il prend la direction du théâtre Narodowy à Varsovie. Il s'y attaque à Eschyle, Platon, Shakespeare, sans parler de Słowacki et de Mickiewicz dont Les Aïeux (1968) sont devenus victimes d'une sombre cabale politique, montée par la faction obscurantiste et antisémite du Parti. Dejmek perd son poste et ne peut trouver d'emploi en Pologne. Il travaille donc à Oslo, à Düsseldorf, à Vienne, à Milan, avant de revenir à Łódź où il reprend en 1974 la direction du théâtre Nowy. Opérette de Gombrowicz y est alors son spectacle le plus apprécié. En 1982 il redevient directeur à Varsovie. Dans un répertoire très riche, il s'attache particulièrement aux pièces de Mrożek (Un jour d'été, 1984 ; Le Contrat, 1986 ; Tango, 1990 ; L'Événement propice, 1993) mais aussi aux pièces du patrimoine polonais (Fredro, Wyspiański) et russe (Le Revizor de Gogol, 1989).
Ministre de la Culture et des Arts de 1993 à 1996, il revient au Teatr Nowy en 2001 où il monte Le Rêve de la punaise de Tadeusz Słobodzianek, jeune auteur polonais. La mort le surprend quelques semaines avant la première de Hamlet, le 31 décembre 2002.
Comme metteur en scène, Dejmek réussit à concilier les enseignements de Léon Schiller et les directives de Brecht. Par exemple, dans Le Dialogus de Passione (adaptation de textes médiévaux, modifiée et transposée en allemand et en italien de 1969 à 1977), il montre non seulement la Passion, mais aussi la ou les manières dont celle-ci fut jouée et vécue ; il ne s'efforce pas à reconstruire le théâtre médiéval, mais à enrichir notre compréhension de l'histoire représentée en objectivant les divers sens qu'elle a pu prendre au cours des âges. Dejmek traite de la même manière d'autres conventions théâtrales (par exemple, celle de l'opérette), composant ainsi des spectacles simples et raffinés où la richesse des significations naît de la présence simultanée de divers contextes unis par un goût sûr et une connaissance profonde des hommes.
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Pologne
- 20ème siècle
- 21ème siècle