SCHILLER
Schiller de Schildenfeld Leon [dit]
Metteur en scène polonais.
Créateur d'un « théâtre monumental » inspiré par Wyspiański et Craig .
Lycéen, Schiller prend part aux soirées du cabaret cracovien Zielony Balonik ; en 1907, il étudie à Paris où il entre en contact avec Craig qui publie ses articles dans The Mask. De 1909 à 1914, Schiller se partage entre Cracovie, Varsovie et Paris, voyageant beaucoup (Vienne, Hellerau, Italie), écrivant sur le théâtre, étudiant la musique, montant des expositions qui font connaître le théâtre nouveau. En 1917, il débute comme metteur en scène ; en 1922, Osterwa l'accepte dans La Reduta, qu'il quitte en 1924 pour diriger le théâtre Bogusławski (1924-1926) où ses mises en scène de Shakespeare, Krasiński, Wyspiański lui assurent rapidement la première place parmi les hommes de théâtre polonais, place qu'il gardera jusqu'à sa mort. Travaillant sans arrêt et dans beaucoup de directions à la fois, il dirige six théâtres de 1926 à 1939, multipliant succès, brouilles et scandales.
Ébranler le public, l'arracher au quotidien et le faire participer à une fête ou cérémonie à résonance spirituelle et communautaire : tel est le but avoué du « théâtre monumental » de Schiller. Inspiré par Wyspiański (et, par-delà, Mickiewicz) et Craig à la fois, Schiller insuffle à ses spectacles un rythme envoûtant en faisant appel à la musique et aux mouvements des foules qui se développent dans une architecture souvent symbolique ; puis il fait contraster ces scènes avec d'autres, plus intimes, où se concentrent le destin des individus et le sens intellectuel de l'œuvre. Le désir d'« identifier » les spectateurs au spectacle est particulièrement visible dans Les Aïeux de Mickiewicz (1932 et suiv.), tandis que La Non-Divine Comédie de Krasiński (1926-1938) hausse le tragique politique et que La révolution du Prince Patiomkin de Miciński (1925) permet un extraordinaire déploiement des foules. Après 1929, Schiller pratique aussi un théâtre d'actualité politique influencé quelque peu par Piscator. Mais sa maîtrise apparaît peut-être mieux dans ces spectacles lyriques très particuliers qu'il appelle « images chantantes » : ce sont des mises en scène de cycles de chansons (folkloriques, populaires, baroques) où se donnent libre cours le génie musical de Schiller et son invention théâtrale, le don d'animer, par les moyens les plus simples, les situations les plus banales.
Véritable force de la nature, Schiller s'intéresse donc à tous les théâtres et à tout ce qui touche au théâtre : dès les années 1920, il patronne le mouvement amateur, crée un enseignement de mise en scène au Conservatoire, fait du syndicalisme. Pendant la guerre, les théâtres étant fermés, Schiller anime un conseil clandestin du théâtre, est arrêté et interné au camp de concentration d'Auschwitz, puis, libéré, monte un mystère au cloître de Henryków. Après la Libération, Schiller, qui sympathisa toujours avec l'extrême gauche, s'inscrit au parti communiste et accumule tous les honneurs, devenant recteur du Conservatoire, député, président de l'Union des acteurs, dirigeant plusieurs théâtres. Mais dès 1948 il devient gênant, ne pouvant plier son talent aux exigences mesquines du réalisme socialiste. Il perd donc son dernier poste, celui de directeur du théâtre Polski à Varsovie, et se cantonne dans l'histoire du théâtre, lançant la revue Pamietnik Teatralny. Il réussit encore à faire inviter Brecht en Pologne, mais il meurt avant de pouvoir l'accueillir.
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Pologne
- 19ème siècle
- 20ème siècle