MROŻEK Sławomir

Borzęcinie (près de Cracovie), 1929 - Nice, 2013

Dessinateur, nouvelliste et auteur dramatique polonais naturalisé français.

Ses comédies noires, jouées dans le monde entier, reprennent souvent le thème de l'individu écrasé par les forces anonymes et stéréotypées du monde moderne.

Après des débuts de journaliste, Mrożek se fait connaître comme humoriste et s'impose en prose en 1956 (L'Éléphant) et en 1957 au théâtre (La Police, Policja) . Son œuvre est jouée quelques mois à Varsovie avant d'être interdite par la censure et montée en France en 1960 par Bourseiller. Il quitte en 1963 la Pologne pour l'Italie et écrit Tango qui lui apporte une renommée internationale. Il écrit aussi huit courtes pièces en un acte dont trois, Strip-tease, Bertrand et En pleine mer sont montées en 1966 au Théâtre de Poche à Paris. Sa protestation contre l'intervention des troupes soviétiques – et polonaises – en Tchécoslovaquie en 1968, le contraint à l'exil politique, tandis que ses pièces sont interdites en Pologne. Malgré la levée progressive de cette interdiction, Mrożek n'hésite pas à critiquer durement le régime, devenant ainsi dès 1975 le premier « dissident » tacitement toléré par les autorités. Joué régulièrement dans beaucoup de pays, l'Allemagne fédérale en tête, Mrożek trouve en France, dont il devient citoyen en 1973, un interprète excellent en Terzieff. Parti au Mexique en 1989, il y écrit en français L'Amour en Crimée, montée par Lavelli au théâtre de la Colline en 1994. Il rentre en Pologne en 1997, s'installe à Cracovie et reprend ses dessins et ses écrits satiriques qu'il publie régulièrement dans Gazeta Wyborcza.

Sa conception du monde

Ses premières pièces sont assurément nées de l'observation des pratiques sociales du stalinisme : on les considère donc comme des comédies d'actualité politique. Mais bientôt, Mrożek généralise son expérience : les hommes, semble-t-il penser, ne peuvent comprendre le monde autrement qu'en faisant appel à des stéréotypes verbaux, idéologiques, sociaux ; ces stéréotypes échappent à leur contrôle et dominent l'individu ou encore l'emmurent dans sa souffrance. Mrożek se rapproche ainsi de Gombrowicz qui, lui aussi, voit l'homme en lutte avec la « forme » ; mais l'inéluctabilité de la catastrophe, l'impuissance des personnages et, parfois, le caractère mystérieux de la menace rapprochent son théâtre des auteurs dits de l'absurde. Cependant, la « fatalité » de Mrożek est plutôt sociale et intellectuelle que métaphysique ou psychologique et il ne semble guère faire confiance à la jeunesse et à la liberté comme le fait Gombrowicz. Chez Mrożek, l'intellectuel s'oppose au rustre : Charles (Karol), Les Émigrés (Emigranci), Le Bossu (Garbus) ; l'hypocrisie à la violence : Le Martyre de Pierre Ohey (Me¸czénstwo Piotra Oheya), Tango , Krawiec (Le Couturier) ; le civilisé au barbare : Vatzlav (Wacław), L'Ambassadeur (Ambasador), Le Contrat (Kontrakt) . En simplifiant, on pourrait peut-être ramener ces oppositions – constamment modifiées et enrichies par Mrożek – à celle de l'idée et de la vie ou à celle du stéréotype et de l'animalité. D'où son pessimisme et sa misanthropie qu'il partage avec tant d'auteurs comiques.

Son esthétique

Mrożek fait appel à deux formes dramatiques surtout. D'abord, à la pièce moderne en un acte (souvent amplifiée) où le dénouement est prédéterminé : le public comprend vite que Ohey sera victime de l'État, que Les Émigrés ne réussiront jamais à sortir de leur condition et que Le Portrait (Portret) de Staline finira par écraser ses zélateurs. Les personnages reconnaissent lentement leur situation ou essaient malhabilement d'y parer, en créant ainsi le suspens et en incitant au rire et à l'apitoiement plutôt qu'à la compassion. Plus complexes sont des pièces telles que Tango, l'Ambassadeur, le Contrat qui font partie de la dramaturgie des modèles : en effet, les crises individuelles ou familiales qu'elles montrent semblent – tout en gardant leur autonomie et leur motivation propres – illustrer un conflit d'ordre plus général, par exemple la crise de l'idée du progrès dans Tango, de l'art d'avant-garde dans Rzéznia (L'Abattoir) ou de la rivalité des régimes politiques (Vatzlav). On pourrait donc rapprocher ces pièces de celles de Brecht ou de Dürrenmatt. Mrożek s'est aventuré même plus loin vers la dramaturgie épique dans Pieszo (À pied), tandis que Letni dzién (Un jour d'été) semble pasticher la technique analytique. Écrivain prolifique et parfois inégal, Mrożek n'en est pas moins un des rares auteurs dramatiques de qualité qui n'hésitent pas à se mesurer aux grands problèmes de notre temps.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe centrale et Russie

Zone(s) géographique(s) :
  • Pologne
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026