WYSPIAŃSKI Stanisław
Peintre et auteur dramatique polonais.
Son imagination scénique, qui soumet la parole aux grands effets plastiques et musicaux, a profondément marqué le théâtre au début du siècle.
Jusqu'en 1898, l'activité de Wyspiański est surtout picturale : il voyage en Allemagne et à Paris, puis collabore à la revue cracovienne życie, centre de ralliement de la « Jeune-Pologne ». Fasciné par Wagner et passionné par l'histoire, Wyspiański commence par des librettos et des drames historiques dont Warszawianka (La Varsovienne, 1898). Le 16 mars 1901, le théâtre de Cracovie monte ses Noces (Wesele) et Wyspiański devient, en une soirée, l'un des plus grands écrivains du pays. Comédie à clés et critique féroce des mœurs et des attitudes politiques, les Noces se transforment en un panorama des rêves et des obsessions des invités… pour finir par une danse mécanique et hallucinante, symbole d'une société impuissante et bloquée. Malgré son succès, Wyspiański, renfermé et hautain, se tient éloigné de l'actualité tout en travaillant fiévreusement : il donne en sept ans une douzaine de pièces, dont une curieuse paraphrase du Cid et un commentaire d'Hamlet où il expose ses idées sur le théâtre. Plus que quiconque, Wyspiański pense ses drames comme des spectacles : dans ses longues didascalies, il impose la réalisation scénique plus qu'il ne la propose. Ses œuvres ne s'animent vraiment que sur les planches, complétées par des effets musicaux, plastiques ou gestuels d'un symbolisme violent et efficace. Ainsi Wyzwolenie (La Libération, 1903), dont le cadre est le théâtre même de Cracovie, joue constamment sur l'image d'une scène vide que viennent peupler les fantasmes du héros. Dans Akropolis (1904), ce sont les personnages des tapisseries du château royal du Wawel qui s'animent et jouent des scènes qui conduisent à l'identification triomphale (et nietzschéenne ?) du Christ et d'Apollon. Pendant que les insurgés de 1830 prennent d'assaut le palais du Belvédère, des dieux grecs apparaissent sur la scène du théâtre d'été (situé dans le parc) pour expliquer, par le mythe antique, le sens profond de l'échec révolutionnaire : Noc listopadowa (La Nuit de novembre, 1904).
Dans ses tragédies « modernes » Wyspiański construit, à partir de faits divers, des mécanismes inexorables où le remords chrétien dans L'Anathème (Klaütwa, 1899) ou la malédiction de Jahvé dans Les Juges (Sędziowie, 1907) sont des travestissements de la destinée. Le théâtre de Wyspiánski, condamné lui-même par la maladie, est dominé par l'idée de la fatalité alliée à la fascination romantique de l'effort et du sacrifice ; il doit autant à Homère : Meleager, Protesilas i Laodamia (1899), Achilleis (1903), Powrót Odyssa (Le Retour d'Ulysse, 1907) qu'à Mickiewicz : Legion (La Légion, 1900) dont il a médité la XVIe leçon. Quoique rarement bien compris, Wyspiański collabore volontiers à la réalisation de ses pièces, en esquissant les situations et en dessinant les costumes et les décors, comme dans Legenda (La Légende, 1905), mais il ne prend qu'une fois la responsabilité d'un spectacle, en signant la première représentation de l'ensemble des Aïeux de Mickiewicz, considéré comme injouable (Cracovie, 1901) : l'adaptation de Wyspiański inaugure leur présence régulière sur les scènes polonaises. Les leçons profondes de Wyspiański ont été reprises par Léon Schiller qui voit en lui l'incarnation de l'« artiste du théâtre » selon Craig et fait de Wyspiański le patron de son « théâtre monumental ». Quant à ses œuvres, elles sont toujours jouées en Pologne, inspirant Kantor, Grotowski, Swinarski, Wajda.
Bibliographie sélective
- Le dramaturge Stanislas Wyspiański, 1869-1907 , par Claude Backvis,..., Paris : Presses universitaires de France, 1952
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Pologne
- 19ème siècle
- 20ème siècle