SŁOWACKI Juliusz
Poète romantique polonais.
Ses œuvres dramatiques constituent toujours une partie essentielle du grand répertoire national.
Extraordinairement précoce et élevé dans un milieu très cultivé, le jeune Słowacki assimile tôt toutes les inspirations romantiques. L'insurrection de 1830 fait de lui un exilé. Il vit en Suisse, fait un voyage au Proche-Orient et se fixe enfin à Paris, ne revenant en Pologne que pour assister à la révolution de 1848.
Comme écrivain dramatique, Słowacki commence par la tragédie historique au goût du jour : Mindowe (1829), Marie Stuart (1830). L'échec de l'insurrection l'incite à confronter le héros romantique à la réalité politique, d'où Kordian (1833). Puis il cherche l'inspiration dans le passé mythique de son pays : s'appuyant sur la comédie shakespearienne, il donne Balladyna (1834), conte d'une poésie capricieuse et ironique, puis Lilla Weneda (1839), chargée d'un symbolisme pathétique. Shakespeare est utilisé dans un sens différent dans Horsztyński (1835), drame sévère d'un Hamlet révolutionnaire. Słowacki écrit encore une tragédie quelque peu hugolienne, Mazepa (1839), avant de revenir à une veine plus réaliste avec un de ses chefs-d'œuvre, Fantazy (1842), comédie noire où s'entremêlent la satire des mœurs, l'émotion patriotique, des accents révolutionnaires et, surtout, la critique féroce des attitudes romantiques.
Tout influençable et protéiforme qu'il est, Słowacki possède un puissant sens dramatique, n'hésitant pas à compliquer l'intrigue et à opposer – pathétiquement ou ironiquement – des effets esthétiques différents : spectateur solitaire mais assidu des scènes parisiennes, il a pénétré les secrets du métier. Les centaines de personnages qu'il a créés – pittoresques et éthérés, tragiques et comiques, mythiques, historiques et contemporains – gardent toujours leur autonomie ; il émane d'eux, souvent, une profondeur ou une présence quelque peu mystérieuse, ce qui frappe dans Kordian, Horsztyński et Fantazy . Mais surtout, Słowacki est l'un des plus grands maîtres de la langue polonaise et son langage théâtral surprend et fascine encore aujourd'hui.
En 1842, Słowacki vit un réveil mystique qui l'amène à considérer le devenir humain comme une transformation continuelle de l'esprit qui progresse en intégrant la négation et le mal, ce qui aide à comprendre la radicalisation de ses opinions politiques. En même temps, il découvre le baroque polonais qui joue pour lui le rôle que d'autres assignaient au Moyen Âge. Évoqué d'abord d'une manière réaliste dans Złota czaszka (Crâne d'or, 1842), le baroque sarmate se peuple de rêves cruels et prophétiques dans Sen srebrny Salomei (Le Rêve d'argent de Salomé, 1843) pour aboutir à la frénésie de Ksiaüdz Marek (L'Abbé Marc, 1843). La même année, Słowacki donne une superbe adaptation du Prince Constant de Calderón. Après Agezylausz (1844), il abandonne tout souci réaliste ou historique : ses derniers drames (1844-1845 ?) nous entraînent dans des pays irréels, médiévaux ou mythologiques (Zawisza Czarny, Samuel Zborowski). La carrière théâtrale de Słowacki a suivi fidèlement, mais avec un retard croissant, le tracé de son talent dramatique. Si l'on excepte Mazepa à Budapest (1847, en hongrois) aucune de ses pièces n'a été représentée de son vivant. Ses tragédies et ses drames d'avant 1842 (à l'exception de Kordian) ont conquis les scènes entre 1851 et 1879, Słowacki devenant un pilier du répertoire national. La vague spiritualiste et néoromantique de 1900 le porte à l'apogée du succès, les théâtres montant enfin Kordian, Le Rêve et L'Abbé Marc ; il faut cependant attendre 1927 pour que Léon Schiller s'attaque à Samuel Zborowski.
Classement
Spécialité : Europe centrale et Russie
- Pologne
- Ukraine
- 19ème siècle