VILLIERS DE L'ISLE-ADAM Mathias Philippe Auguste
(Comte de)

Saint-Brieuc, 1838 - Paris, 1889

Écrivain et auteur dramatique français qui exerça une influence profonde sur la génération symboliste.

L'importance de son œuvre ne cesse de se confirmer depuis la fin du XIXe siècle. Si l'on retient surtout aujourd'hui ses Contes cruels (1883) et son roman fantastique, L'Ève future (1886), on reconnaît aussi, en dépit de son échec, la valeur novatrice de son œuvre théâtrale. La Révolte (1870) préfigure à bien des égards Maison de poupée d'Ibsen ; quant au drame Axël (1890), tentative ambitieuse de théâtre métaphysique, il fut admiré par des auteurs comme Maeterlinck, Claudel, ou Yeats, et joua un rôle marquant dans l'évolution du drame poétique en France et en Europe au tournant du siècle.

Un rénovateur à la conquête de la scène

Villiers entendait rompre avec la frivolité du répertoire français contemporain et promouvoir un théâtre de la pensée, un théâtre intérieur susceptible d'exprimer les préoccupations fondamentales de la philosophie, où la poésie retrouverait ses droits. Cette haute conception du drame, Villiers la trouvait réalisée dans quelques œuvres phares qui le guidèrent dans ses recherches : Hamlet de Shakespeare, Faust de Goethe, les drames musicaux de Wagner, enfin, qu'il alla applaudir en Allemagne.

Ses premières pièces, qu'il ne parvint pas à faire représenter, marquent surtout sa dette à l'égard de Musset et de Hugo et son attachement au drame romantique auquel il tente de donner un nouvel élan : Elën (1865), drame en trois actes qui frappa Mallarmé ; Le Prétendant, version remaniée de Morgane (1866) et drame historique inspiré de la San-Felice de Dumas ; Le Nouveau Monde, drame en cinq actes représenté sans succès en 1883. L'inspiration de Villiers se renouvelle dans La Révolte (1870) et dans L'Évasion, pièces en un acte, à sujets modernes. Dans la première, où le dramaturge fait éclater de l'intérieur les conventions du drame bourgeois. Après un échec cuisant à la Comédie-Française en 1870, Villiers publia son texte avec une préface virulente où il dénonçait la sclérose du théâtre à succès. Quant à L'Évasion, montrant la libération morale d'un bagnard qui renonce au meurtre, elle retint l'attention d'Antoine et fut représentée au Théâtre Libre en 1887.

Le « grand œuvre » : Axël

Publié en volume à titre posthume en 1890, le drame Axël, à l'élaboration duquel Villiers travailla plus de vingt ans (publication d'un fragment dès 1872, puis en revue en 1886), constitue l'accomplissement de son rêve dramatique. L'inspiration romantique y est manifeste mais l'organisation du drame, en quatre parties (hommage à la tétralogie wagnérienne) aux titres symboliques, révèle l'intention de Villiers de dessiner, de manière plus essentielle, le trajet d'un parcours spirituel et initiatique : traversant successivement les mondes « religieux », « tragique », « occulte » et « passionnel », Axël et Sara font l'épreuve des tentations du monde et de l'esprit (dimension faustienne du drame), choisissant de sublimer leur passion dans la mort volontaire, un Liebestod final, qui devient le signe d'une victoire spirituelle. Ce drame foisonnant apparaît comme la première tentative symboliste au théâtre. Sa signification transcendante et universelle, « la grande anxiété humaine devant l'exil de la vie », selon Villiers, relègue au second plan l'action de la pièce. Au service de ce théâtre intérieur, l'auteur déploie les fastes de sa prose lyrique et polémique, exaltant les pouvoirs du verbe, de la pensée incarnée. Quant à l'attitude hautaine du héros face à la vie (« Vieille terre, je ne bâtirai pas le palais de mes rêves sur ton sol ingrat »), elle paraît emblématique du subjectivisme symboliste et du repli des artistes fin de siècle vers les valeurs du rêve et de l'imagination.

Malgré un succès sur une scène d'art en 1894, après la mort de l'auteur, l'œuvre acquit la réputation de drame injouable, trop livresque pour affronter la réalité de la scène. Au XXe siècle, Bourseiller tenta l'aventure au Studio des Champs-Élysées (1962). Hormis La Révolte, régulièrement représentée depuis la fin du XIXe siècle (récemment : Ollivier , Studio Théâtre de Vitry, 1997), l'œuvre théâtrale de Villiers n'intéresse guère les metteurs en scène contemporains.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : 19ème et début 20ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 19ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026

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