Musique et Théâtre
(Histoire)
À l'origine, ces deux arts ne sont pas véritablement distincts, et le théâtre antique, tragédie et comédie confondues, est largement musical. L'histoire des rapports entre théâtre et musique est donc d'abord l'histoire d'une émancipation progressive, le théâtre tâchant de canaliser ses composantes non verbales, voire de s'en délester entièrement.
À Rome
Le théâtre est entièrement musical chez les Romains ; toute pièce est écrite en collaboration avec un compositeur dont le nom figure souvent en tête des manuscrits ; toute représentation suppose la présence sur scène de musiciens et de chanteurs. Les pièces de théâtre sont constituées d'une alternance de scènes chantées et dansées et de scènes déclamées. Dans les scènes musicales, le ou les « acteurs » dansent/miment, le chanteur chante les différents rôles, un joueur de flûte joue la mélodie et du pied, au moyen d'une claquette en bois, donne le rythme. Cette « flûte » (tibia) est un instrument à anche, comparable au hautbois ou à la clarinette dont le musicien obstrue les trous avec les doigts ou au moyen de viroles. Cette flûte est souvent double, avec deux registres différents, l'un aigu, l'autre grave, correspondant aux différents registres des rôles. Le chanteur doit avoir un registre le plus vaste possible et suffisamment monter pour tenir les rôles de femme. Rome a connu des hautes-contre dont la virtuosité ne devait rien à la chirurgie. Tous ces artistes sont, comme les acteurs, marqués d'infamie. Sous l'Empire, le nombre des musiciens et des instruments s'accroît. Le théâtre est occupé par des orchestres qui se casent jusque dans les travées, composés de flûtes, trompettes, cors, harpes, cithares, cymbales, chœurs et orgue.
Période classique
La tragédie française renonce, dès la fin du XVIe siècle, aux chœurs hérités de l'Antiquité, et la comédie ne fait plus appel à la musique que de façon sporadique, par l'insertion épisodique de chansons. Toutefois, sous l'influence conjuguée de l'opéra italien, importé dans les années 1650 par Mazarin, et du ballet de cour, on crée deux genres nouveaux, dans lesquels les interventions musicales deviennent un agrément nécessaire : la tragédie à machines, née avec l'Andromède de Corneille en 1650, et la comédie-ballet, élaborée par Molière et Lully à partir de 1661. Au XVIIIe siècle, alors que l'opéra triomphe, des formules nouvelles d'alliance du verbe et de la musique voient le jour avec l'opéra-comique et le mélodrame. Rousseau est alors l'un des promoteurs les plus intéressants du principe de l'alternance entre paroles et musique, et il fait représenter son Devin de village en 1752 et Pygmalion en 1770. Il faut attendre le XXe siècle, et des associations comme celle de Bertolt Brecht avec Kurt Weill, pour que la musique utilisée au théâtre ne soit pas uniquement musique de scène, et puisse souligner, à l'instar du texte et de la dramaturgie, les dysfonctionnements et les ruptures.
Bibliographie sélective
- Musiciens romains de l'Antiquité , par Alain Baudot, Montréal : Presses de l'Université de Montréal[Paris] : Klincksieck, 1973
Classement
Spécialité : Institutions et lieux
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