Comédie-ballet
La comédie-ballet naît en 1661, avec les Fâcheux de Molière, chez Fouquet, lors de la Fête de Vaux. Le ballet de cour était déjà un spectacle recherché pour la somptuosité des costumes et de la décoration, la diversité des entrées, les plaisirs combinés de la danse, de la musique et des « effets spéciaux ». Louis XIV intervient même en personne dans le Ballet de la nuit (1653). La nouveauté introduite par Molière est de donner à la comédie et au ballet le même sujet « pour ne point rompre le fil de la pièce ». On a donc affaire dans les Fâcheux à des « fâcheux parlant » et à des « fâcheux dansant », la mutité de ces derniers soulignant le ridicule du bavardage des premiers. Molière composera une bonne dizaine de comédies-ballets à la demande du roi, le plus souvent en collaboration, avec Lully puis avec Marc-Antoine Charpentier pour la Comtesse d'Escarbagnas et le Malade imaginaire. Le principe de la comédie-ballet est de vouloir ajouter les charmes du ballet à ceux de la comédie. La difficulté est de rendre nécessaires les interventions dansées, d'en faire autre chose qu'une série de divertissements conventionnels qui viennent casser l'unité de la comédie. Molière n'échappe pas toujours aux clichés, aux bergers, aux Mores, aux Égyptiennes, mais il fait du Sicilien une véritable fête galante. La partie chantée de ces comédies ménage parfois des surprises, dans la mesure où elle est bâtie en contrepoint, sinon en opposition, avec la partie jouée : dans les Amants magnifiques, l'artifice et la somptuosité des intermèdes sont refusés par les deux amoureux Eriphile et Sostrate, épris de solitude et de simplicité ; dans Monsieur de Pourceaugnac, les intermèdes dansés deviennent les fantasmes du personnage principal, les cauchemars du malheureux Limousin, et dans le Bourgeois gentilhomme l'apothéose de la « folie » de Monsieur Jourdain. Ces tableaux trouvent une forme juste grâce à la musique et à la danse (Beauchamp sera le chorégraphe de toutes les comédies-ballets de Molière) et atteignent alors à la démesure. Dans d'autres cas, Molière combine les personnages réels et les personnages imaginaires (le Malade imaginaire), rend nécessaire la musique ou la danse au sein de la fable (le Bourgeois gentilhomme). Alors seulement les contraintes de la commande débouchent sur un genre original.
Bibliographie sélective
- Molière et ses comédies-ballets , Charles Mazouer, Paris : Klincksieck, 1993
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens
- France
- 17ème siècle