Machines de théâtre
Les Grecs connaissaient le theologeion pour les apparitions divines et la mechanê pour leurs envols ; de même au Moyen Âge, Dieu apparaissait en gloire et les démons par la gueule d'enfer. La scène classique conserve trappes et, en retrait, scène supérieure : les divinités roulent ainsi apparemment dans les airs sur des chars. Mais les scénographes italiens, ingénieurs autant que peintres, multiplient les palais aériens jusqu'au ciel de Jupiter, voleries et gloires imposantes, jusqu'à trois simultanées, dont les trajectoires aériennes se compliquent, verticales, obliques, ou vers la salle. Les mécanismes, masqués de « nuages », glissent entre les bandes de toile peintes en ciel ; ils nécessitent un appareillage complexe de leviers, de treuils, de contrepoids dans les cintres et les dessous. Il existe des procédés pour simuler des vagues et moduler l'éclairage. Les premiers théâtres modernes sont conçus à cet effet dans des palais ; les salles publiques s'équipent à leur tour, tant en leur nouveauté les merveilles machinées comblent les rêveries d'envol, de métamorphose, de prise sur la nature. [Voir Machinistes-décorateurs.]
Pièces à machines
Le genre machinique, florissant en France de 1648 à 1672, compromis ensuite par l'opéra lulliste, est la réponse du génie classique au foisonnement musical et spectaculaire de l'opéra italien introduit par Mazarin. S'il en conserve les sujets mythologiques, propres aux intrigues machinées, prologue, changements de décor, divertissements musicaux, ce sont des « ornements », quoique toujours plus envahissants, de l'intrigue parlée de la tragédie, avec sa thématique héroïque ou galante. Le problème est donc de lier au nœud le deus ex machina en le rapportant aux personnages humains. Soit que l'intrigue divine reste implicite chez Corneille (Andromède, La Conquête de la Toison d'or), pour confronter, telle la Providence divine, les héros à leur destin ; soit qu'après lui les dieux s'humanisent par leurs passions dans Les Amours de Jupiter et de Sémélé, de Vénus et d'Adonis… ou Amphitryon et Psyché de Molière , auquel cas les « machines » servent de « ressorts » aux ruses toutes verbales usuelles. Mieux, comme chez un Ionesco aujourd'hui, la machinerie est la projection scénique des incertitudes de l'âme devant ce qui la dépasse, ici souvent la magie de l'amour, dont les dieux se font les diverses figures : elle concrétise en théâtre total les métaphores du Cid et de Phèdre, « vol », « flamme » ou « charme », par quoi se trouve authentifié ce genre composite à l'équilibre instable.
Bibliographie sélective
- L'Opéra italien en France avant Lulli , par Henry Prunières, Paris : Champion, 1913
- Giacomo Torelli and Baroque stage design , Per Bjurstrom, Stockholm : Nationalmuseum, 1961
- Mythologie et mythe dans le théâtre français , 1650-1676, Christian Delmas, Genève : Droz[Paris] : [diffusion Champion], 1985
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques
- France
- 17ème siècle