Histoire du théâtre
Le sens de cette expression est en apparence évident. L'histoire du théâtre est un aspect particulier de l'histoire de la civilisation et, comme telle, elle a vu son contenu varier selon les époques.
Le plus ancien historien du théâtre est Aristote, qui, dans sa Poétique, accorde aux données historiques une place non négligeable et les entremêle parfois aux valeurs didactiques ou de structure. En France, la perspective historique conforme à l'orgueil national de l'époque classique était d'une simplicité démonstrative : après un admirable théâtre antique (plus admiré que connu), il y eut la nuit du Moyen Âge, puis, grâce à la monarchie absolue, la découverte et la pratique de moyens théâtraux qui devaient s'imposer au monde entier.
Au cours du XVIIe siècle, le patient enregistrement des réalités théâtrales contemporaines se juxtapose à ces vues grandioses. La Gazette de Loret rend compte à partir de 1652 des événements théâtraux mais tente aussi de les fixer dans une histoire puisqu'une édition collective, appelée la Muse historique, paraît dès 1656 et sera rééditée jusqu'à la fin du XIXe siècle. Cette lente historisation de la chronique ne porte ses fruits que beaucoup plus tard. Les années 1730 voient naître plusieurs ouvrages qui ne sont pas seulement des répertoires (souvent inexacts) mais enregistrent des faits historiques et des jugements. Le plus complet est l'Histoire du théâtre français (1735) des frères Parfaict. Des almanachs se multiplient. Au XIXe siècle, en même temps que ces recensements continuent (Noël et Stoullig), des amateurs, comme Rondel, constituent des fonds proprement théâtraux et l'histoire littéraire elle-même, discipline alors prestigieuse, s'ouvre à l'histoire du théâtre, notamment avec le Cours de littérature dramatique que publie Saint-Marc Girardin à partir de 1843 et avec une partie importante de l'œuvre de Brunetière. Au XXe siècle enfin, le domaine de l'histoire du théâtre, longtemps confiné aux textes dramatiques, s'est étendu aux institutions, aux acteurs, aux théâtres, à la mise en scène, dont l'importance n'a cessé de croître depuis Antoine. La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) a repris le projet de relevé complet des pièces représentées que le XVIIIe siècle avait ébauché, en même temps que les bibliothèques théâtrales s'enrichissaient et se complétaient par des médiathèques.
C'est là l'histoire de l'histoire du théâtre. Mais dans la mesure où il est indispensable de comprendre ce dont on fait l'histoire, on a aussi tenté de soumettre à un éclairage nouveau de théâtralité toutes les disciplines dont l'ensemble constituait la documentation des spectacles. L'histoire du théâtre est ainsi apparue, au cours du XXe siècle, non comme une somme de techniques, mais comme un regard théâtral lancé, en accord étroit avec les nécessités ou les certitudes de la représentation, sur chacune de ces techniques, interprétée moins comme une anecdote (ce qu'elle était souvent aux époques antérieures) que comme un projet. De fait, l'histoire du théâtre, comme la sociologie vers la même époque, était devenue un regard, plutôt qu'une connaissance déjà acquise. Cet esprit nouveau a pénétré, à des degrés divers, les différentes provinces de l'activité théâtrale, même celle qui semblait par nature réservée à l'analyse proprement littéraire : celle du texte de la pièce de théâtre, à quoi se réduisait presque, jadis, la notion de théâtre. Scruté en fonction des exigences de la scène, ce texte révélait les problèmes et les articulations d'une dramaturgie, qui était comme la face théâtrale du phénomène littéraire.
On a voulu aller plus loin encore et appréhender le théâtre comme une totalité ; on s'est alors aperçu que sa complexité rend difficile, et pourtant souhaitable, de le saisir dans son intégrité. Comme le monde, comme la bibliothèque de Borges, le théâtre est indéfiniment analysable. C'est ce qu'implique le terme allemand de Theaterwissenschaft (science du théâtre), dont la vogue est liée à l'avènement de la mise en scène. Avec cette ambition, l'histoire du théâtre est une méta-histoire. Elle peut se prolonger par une esthétique théâtrale et presque par une métaphysique, qu'elle désigne sans la formaliser. La théâtrologie couvre ainsi les vastes domaines où l'homme se cherche, du plus superficiel au plus profond : à une extrémité, le théâtre peut n'être qu'un aimable divertissement, à l'autre il donnera à l'homme une image symbolique de lui-même, voire un mythe, ennobli peut-être par quelque reflet du divin.
Bibliographie sélective
- Éléments pour une histoire du texte de théâtre , Joseph Danan, Jean-Pierre Ryngaert, Paris : Dunod, 1997
Classement
Spécialité : Institutions et lieux