Entremés
Dans le théâtre espagnol des XVIe et XVIIe siècles : saynète brève, de type comique, généralement utilisée comme intermède entre les actes d'une œuvre plus importante. Termes équivalents : paso (XVIe siècle) et sainete (XVIIe et XXe siècle).
À l'origine, l'entremés n'est qu'un simple épisode comique de la comedia primitive. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, grâce aux créations de Lope de Rueda il devient un genre complètement autonome. Au XVIIe siècle, il est un élément indispensable, voire essentiel, pour certaines fractions du public, du spectacle théâtral. Sous ses deux formes, chantée et parlée, en compagnie d'autres genres dramatiques mineurs – prologue (loa), ballet mimique (baile), mascarade (mojiganga) –, il apporte l'indispensable dérivatif burlesque à la représentation de la comedia. On distingue l'entremés de enredo, organisé autour d'une intrigue embryonnaire, l'entremés de costumbres, orienté vers la peinture des mœurs et la satire sociale, et l'entremés de figuras, simple défilé depersonnages individualisés tour à tour confrontés à une même situation révélatrice ou à un même personnage-juge. Jusqu'au début du XVIIe siècle, les auteurs s'expriment indifféremment en prose ou en vers. Après 1620, l'écriture versifiée – 200 à 300 vers combinant deux ou trois mètres différents – devient la règle générale. Le genre est polyphonique, car il unit le verbe, le geste, le chant et la danse à toutes les variétés possibles du comique. Les personnages, en nombre réduit, se modèlent sur quelques archétypes aisément identifiables : barbon, proxénète, nègre, soldat fanfaron, médecin, benêt. Mais, au fil des années, ces masques se diversifient jusqu'à refléter, sous la plume de Quiñones de Benavente, qui a porté le genre à son point de perfection, tous les métiers, les caractères et les situations qui prêtent le flanc à la stylisation comique. Contrairement à ce que l'on prétend parfois, cette représentation du monde n'est rien moins que réaliste. Le parti pris burlesque constitue la loi fondamentale du genre. Au confluent de masques carnavalesques, de satires conventionnelles, de bourdes folkloriques et autres legs de la tradition comique, l'entremés n'exclut ni la fine observation des mœurs ni la critique ajustée de la société.
Le nombre des entremeses écrits aux XVIe et XVIIe siècles est considérable. Beaucoup de leurs auteurs sont restés anonymes. Il est vrai que le genre, considéré comme mineur, a surtout inspiré des dramaturges de second plan. Les plus grands, cependant, ne l'ont point dédaigné. Cervantes a publié huit « intermèdes », parmi lesquels Le Retable des merveilles (El Retablo de las maravillas) apparaît comme le plus complexe et le mieux achevé. Plus que tout autre genre dramatique, l' entremés se nourrit du dialogue engagé entre le poète et son public, un dialogue dont le comédien est non seulement l'indispensable médiateur, mais encore le partenaire-créateur. De là l'instabilité du genre. De là, aussi, sa richesse et sa vitalité qui, des pasos primitifs aux sainetes du género chico, de Lope de Rueda à Valle-Inclán , en passant par Cervantes, Quiñones de Benavente, Ramón de la Cruz et Arniches, tissent une continuité créatrice qui compte parmi les plus fécondes du théâtre espagnol.
Bibliographie sélective
- Itinerario del entremés desde Lope de Rueda a Quiñones de Benavente , Eugenio Asensio ; con cinco entremeses inéditos de D. Francisco de Quevedo, Madrid : Gredos, 1971
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Espagne
- Renaissance
- 17ème siècle