ARNICHES Carlos
Auteur dramatique espagnol.
Comme la plupart des pourvoyeurs de la zarzuela et du género chico, ce provincial de famille bourgeoise qui a connu des revers s'installe à Madrid, lieu de production du théâtre espagnol, et se consacre entièrement au théâtre comique sous toutes ses formes.
Auteur très fécond (environ 170 pièces jouées), son œuvre s'étend sur plus d'un demi-siècle et comprend deux périodes bien distinctes. Dès sa première pièce, Casa Editorial (Maison d'édition, 1888), Arniches apparaît comme un des maîtres du sainete et du livret de zarzuela. Il doit son succès à l'exceptionnelle agilité d'une langue savoureuse, fertile en trouvailles cocasses. Son maniement du parler populaire, qu'il enrichit et exploite à la fois, en fait le héraut de l'expression madriléniste où s'enracinent la zarzuela et le género chico à la fin du XIXe siècle. Au total, près de cent livrets et sainetes, le plus souvent en collaboration (Gonzalo Canto, Celso Lucio, Enrique García Alvarez, Joaquin Abati, pour les plus connus), mis en musique par les plus grands noms de la zarzuela (Chapí, Brull, Serrano, Valverde), qui font les beaux jours des théâtres de Madrid et bientôt d'Espagne et d'Amérique latine. Le comique de mot, chez Arniches, n'est jamais exempt de préoccupations pédagogiques et morales. Parmi ses grands succès : Ortografía (1889), Panorama Nacional (1889), El Santo de la Isidra (1898), Doloretes (1901), El Puñao de rosas (le Bouquet de roses , 1902), Alma de Dios (1907).
Il est à l'origine, avec Chapí et quelques grandes figures du género chico, de la création de la Société des auteurs espagnols en 1901, qui libère la corporation de la férule des éditeurs et lui donne un statut et une autorité nationale.
À partir de 1910, le déclin de ce théâtre populaire, dans un climat de crise amplifié par la Première Guerre mondiale, provoque chez Arniches un réflexe de refus des spectacles commerciaux et vulgaires qui inondent l'Espagne. Il abandonne le théâtre lyrique au profit de la comédie dramatique, de la « farce de mœurs » en deux ou trois actes. Il est l'« inventeur » de la « tragédie grotesque », où le comique le plus débridé, né du langage, se greffe sur des situations grinçantes. Sans renoncer au rire, il prétend réformer à la fois les tares de la société (l'obscurantisme, l'ignorance, le caciquisme) et le théâtre lui-même, par le mélange des genres. Dès 1916, avec La Señorita de Trevélez, Arniches cultive un théâtre à la fois caustique et conventionnel dans ses tensions moralisatrices, mais toujours efficacement porté par sa créativité verbale. Los Caciques (1920) est un des plus beaux réquisitoires jamais produits contre le caciquisme et le clientélisme local. Ce courant « régénérateur » se maintiendra jusqu'à la guerre civile, en s'essoufflant quelque peu. La fin de sa vie est marquée par l'exil, le franquisme et le déclin de sa production.
Malgré un certain conformisme idéologique, Arniches représente l'apport le plus vivace du théâtre lyrique et comique espagnol. Quant aux tragédies grotesques, elles sont, avec les farces et les tragédies de García Lorca et les esperpentos de Valle-Inclán (lesquels tenaient Arniches en haute estime), la tentative la plus aboutie d'une réforme en profondeur du théâtre espagnol dans le premier tiers du XXe siècle.
Bibliographie sélective
- Vida y teatro de Carlos Arniches [Barrera] , Vicente Ramos, Madrid, Barcelona : Alfaguara, 1966
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Espagne
- 19ème siècle
- 20ème siècle