Género chico
[Petit genre]
Forme théâtrale populaire en langue espagnole, en un ou deux actes, avec ou sans musique.
En Espagne
La tradition du spectacle court, très vivace en Espagne depuis Cervantès, avait produit au XVIIIe siècle une profusion de saynètes (de la Cruz) et de tonadillas (Blas de La Serna), « mini- zarzuelas » de quinze à vingt minutes. Le género chico proprement dit naît à Madrid, dans l'agitation qui précède la révolution de 1868, « inventé » par trois acteurs qui profitent de la vogue des cafés chantants. La formule du « théâtre à l'heure », avec quatre programmes par soirée, pour un prix modique, attire un public populaire et antimonarchiste.
À ses débuts (1867-1880), le género chico offre des spectacles variés – chansons, pièces courtes, souvent inspirées du théâtre de Boulevard français. Son succès provoque la multiplication des salles dans tout le pays. Avec l'apparition de la musique (Chueca fait chanter les acteurs dans La Canción de la Lola (la Chanson de la Lola), il se confond avec la zarzuela : ils vont, ensemble, exercer un véritable monopole théâtral, entre 1880 et 1910, jusque dans les campagnes les plus reculées. Une première génération de librettistes (Javier de Burgos, Tomás Luceño, Miguel Ramos Carrión, Ricardo de la Vega et surtout Arniches) alimente d'abondance un répertoire léger, porté par une langue vivante et charnue, où le comique de mots n'est pas dépourvu d'une certaine critique sociale (La Gran Vía, en 1886). Plusieurs générations de compositeurs – Chapi et Chueca surtout, mais aussi Bretón, Valverde père et fils, Lleó – forcent le succès par des mélodies et des airs qui conjuguent toutes les influences (folklore, modes musicales, rythmes étrangers). Sur des thèmes conventionnels, les situations et les personnages s'inspirent des quartiers et des mœurs populaires : La Revoltosa (la Rebelle) ; des fêtes : la Verbena de la Paloma (la Kermesse de la Paloma) ; des « types » sociaux et professionnels pittoresques (vendeurs ambulants, taverniers). Après la veine madriléniste, le género chico explore les filons provinciaux (Aragon et, surtout, Andalousie).
Le succès de la formule, non exempte de procédés répétitifs et de stéréotypes (certains théâtres ont jusqu'à sept séances par jour), s'essouffle à partir de 1905-1910 : les publics populaires s'éloignent d'un théâtre désormais détaché des réalités sociales. Le género chico, qui utilise encore des centaines de théâtres, une centaine de troupes, survit en exploitant divers sous-genres, au gré des modes (érotisme, music-hall, parodies, opérettes). La fermeture de l'Apolo, la « cathédrale » du genre, en 1929, sanctionne la fin d'une agonie et la victoire du théâtre commercial bourgeois d'une part et, d'autre part, celle des variétés, de la chanson, du cinéma ; la province, plus lente à succomber à l'industrialisation des spectacles, reste souvent fidèle au género chico.
Le género chico représente des milliers d'œuvres, dont un solide noyau de chefs-d'œuvre (El Barberillo de Lavapiés, Agua, azucarillos y aguardiente), des centaines d'auteurs et de compositeurs : véritable théâtre de masse, il a imprégné l'Espagne (et l'Amérique espagnole) jusqu'à la guerre. Il a constitué la nourriture culturelle inévitable aussi bien des publics populaires que des élites, musicale et littéraire, qui y ont souvent puisé leur inspiration.
Au Mexique
Ce genre théâtral, connu au Mexique sous le nom de teatro de revista, est né au début du XXe siècle et a atteint son apogée entre 1910 et 1940. Il s'agit de spectacles composés de pièces en un acte portant exclusivement sur des sujets de l'actualité politique et sociale et entrecoupés de danses, de chansons sentimentales, de plaisanteries sexuelles et scatologiques, accompagnés d'une présentation de jolies femmes dans le but unique de divertir.
Parmi les œuvres qui ont obtenu le plus de succès à leur époque, il faut citer Madero Chantecler (Madero Chanteclair, 1910) de José Juan Tablada, une tragi-comédie zoologique dirigée contre le président Madero ; El Tenorio maderista (le Ténorio madériste, 1911) de L. Andrade et L. Blanco, en faveur du même Madero ; Trapitos al sol (Linge à étendre, 1924) de C. Ortega et P. Prida (un blanchisseur chinois lave le linge sale des hommes politiques) ; Bizcochería nacional (Biscuiterie nationale) et Mujeres de México (Femmes mexicaines, 1924), satire de la société mexicaine par A. Guzmán Aguilera, plus connu sous le nom de Guz Aguila. À partir de 1930, ce théâtre traite de sujets politiques graves : Hitler me dijo (Hitler m'a dit, 1934), Laza los cardenos (1936), jeu de mots sur le président en exercice Lázaro Cárdenas ; Las Máximas de Maximino (les Maximes de Maximino, 1940) ; de problèmes de voisinage avec Nuestros primos (Nos cousins) et El Pecado del turista (le Péché des touristes, 1934) ; El pueblo es feliz (Le peuple est content, 1938), sur la bureaucratie ; il met en scène des représentations à grand spectacle : El Periquillo sarniento (le Perroquet galeux, 1932) ; Adiós, mamá Carlota (Adieu, maman Charlotte, 1939). Le théâtre de cabaret a inventé une série de types populaires : le ranchero, le policier, le métis et surtout le peladito, le Mexicain pauvre et complexé, toujours en situation d'échec, qui essaie de compenser son infériorité par un délire verbal dénué de toute cohérence. Il a été incarné magistralement par l'acteur Mario Moreno dans le rôle de Cantinflas, notamment dans : El Águila de Cantinflas (l'Aigle de Cantinflas), México a través de Cantinflas (le Mexique à travers Cantinflas), Cantinflas en Paris (Cantinflas à Paris), qui ont obtenu un énorme succès.
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Mexique
- Espagne
- 19ème siècle
- 20ème siècle