Installation

Phénomène artistique actuel, multiforme et foisonnant, à la mode depuis les années quatre-vingt, l'installation est une mise en situation des éléments plastiques (plus rarement sonores) les plus variés.

Une installation peut aller de la modeste mise en scène d'œuvres plastiques ou d'objets usuels dans l'espace à la transformation monumentale de l'espace lui-même. À la différence de la performance qui lui est parfois associée (les performers pouvant créer des installations), l'installation, en tant que telle, est indépendante de l'activité physique de l'artiste. Dans un grand nombre de réalisations, l'œuvre entretient un rapport essentiel avec le contexte spatial de sa présentation, proposant souvent au public un mode inédit de participation (parcours, pénétration physique dans l'œuvre par exemple).

On s'accorde à souligner le rôle de la sculpture minimaliste dans la genèse de l'installation : le presque rien de l'art minimal favorisant immanquablement l'attention au contexte spatial dans lequel s'inscrit l'« œuvre ». Mais il faudrait également citer Marcel Duchamp : ses 1 200 sacs à charbon suspendus au plafond au-dessus d'un brasero (1938) ou ses Seize mille de ficelles à l'Exposition surréaliste de New York (1942) créaient, dès cette époque, d es environnements propres à dépayser le spectateur. Enfin, sur le plan musical, la Musique d'ameublement d'Erik Satie(1920) se définissait déjà, à sa manière, comme installation de l'espace sonore.

Dans l'installation, il n'y a plus de narrativité discursive, s'il est vrai que discours signifie tension dynamique qui court à travers la fable, chacun de ses moments étant gros de ce qui précède et tendu vers ce qui va suivre. C'est ce qu'on appelle l'« action dramatique ». Ici, au contraire, il n'y a plus qu'une narrativité séquentielle qui fait sentir le poids du temps par tous les objets qui sont nécessaires à son achèvement. Achèvement au double sens de réalisation et d'extinction, car chaque séquence d'installation est tendue vers sa propre fin : le temps est l'objet d'une mise en place, et de ce fait, réifié. Ce qui, paradoxalement, ouvre la voie à toutes les dérives, interprétatives ou rêveuses : l'objectivation n'est plus canalisée dans le goulot d'un sens verbalisé. Un certain nombre d'expériences récentes de théâtre du silence, de Meyssat (le Théâtre du Chaman) à Vladimir Znorko (Cosmos Kolej) et à François Tanguy (le Théâtre du Radeau) oscillent de la sorte entre l'installation d'un dispositif d'objets où le tableau fait sens (mais sens ad libitum) et l'histoire sans paroles où la narrativité est reconstituée par d'autres canaux que les mots, où le décor, le bruitage et la gestuelle en « disent » bien assez, comme dans Ulysse à l'envers (Znorko, 1994). Des deux côtés, même débauche de matières, moins importantes par leur nombre et leur nature que par le maniement qu'elles exigent. L'installation est un théâtre d'objets. Formule que déjà, pour une part, avaient inventé les futuristes.

Au vrai, parmi la diversité des propositions des artistes d'installation, la création d'une atmosphère par la mise en scène d'objets reste la plus répandue. Bertrand Lavier présente ainsi des pianos, des réfrigérateurs et des meubles repeints par ses soins ou des objets sans rapport entre eux, empilés les uns sur les autres, produisant des effets inattendus sur les visiteurs ; Jean-Pierre Raynauda créé une œuvre impressionnante au musée d'Art moderne de la Ville de Paris en installant une série de lits blancs dans un long couloir vide ; l'Allemand Claus Rinke affectionne les tonneaux en aluminium remplis d'eaux de sources différentes, qu'il propose à la méditation du public. L'humour a son mot à dire avec Jean-Luc Vilmouth qui intitule Vues des Sables-d'Olonne un vaisselier vendéen décoré d'objets divers, ou encore Robert Filliouqui, lors d'une exposition sur les métamorphoses de la Joconde, avait installé un seau d'eau, une serpillière et un balai avec cet écriteau : « La Joconde est dans l'escalier. »

La mise en situation du public est également souvent recherchée comme dans les « Pénétrables » de Jesús Rafael Soto, ou, plus encore, dans les parcours organisés par Lyne Lapointeau Canada, dans les lieux les plus inhabituels. Lesespaces extérieurs peuvent aussi se prêter à l'art de l'installation : Dan Grahama conçu des œuvres énigmatiques (mi-sculptures, mi-abris) dans des parcs américains ; les emballages de Christo opèrent des transformations gigantesques qui peuvent déréaliser des quartiers entiers ou même des paysages naturels ; et les colonnes de Buren, à Paris, ont incontestablement « installé » le doute ou l'exaltation dans le cœur des promeneurs. L'installation devient un art de plus en plus sollicité par les organisateurs d'expositions qui commanditent des œuvres in situ pour révéler les singularités du musée lui-même et la poésie des lieux.

Comme on peut s'en douter, l'intérêt des installations est très inégal. Art du « tout est possible », on comprendra que les grandes inventions côtoient les propositions les plus inconsistantes. Art de la mise en scène, art du décor et de l'environnement, l'installation assure néanmoins une fonction critique, poétique, ironique et, souvent, artistique par rapport aux institutions sociales et culturelles du monde contemporain.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026