Cabaret

Synonyme de « débit de boissons » dès la fin du Moyen Âge, le cabaret n'a pris son sens actuel qu'au XIXe siècle. Appelé aussi café-concert en France, le cabaret était un lieu de distraction populaire, proposant diverses attractions aux consommateurs.

En France

Autour de 1900, une véritable mythologie du cabaret est apparue, notamment grâce aux chansonniers parisiens (Bruant au Chat noir en demeure l'exemple le plus célèbre). Mais dès cette époque, le phénomène du cabaret est chargé d'ambiguïté sociale : la mode s'empare vite de lieux populaires réputés pittoresques et chasse les classes défavorisées vers d'autres distractions (comme le cinéma).

Après 1900, la revue à la française et le music-hall à l'anglaise s'associent pour produire les spectacles imprécis, « à numéros », qui composent encore nos variétés télévisées. Pendant les Années folles, un cabaret mondain comme Le Bœuf sur le toit devient le rendez-vous obligé de la bourgeoisie d'affaires, des snobs et des artistes. Un tel brassage de personnalités inspire bien des œuvres dramatiques et même lyriques, présentant le cabaret comme un lieu de corruption générale (Lulu, pièce de Wedekind, opéra de Berg) ou, au contraire, de résistance à l'ordre nazi. Cependant, dans les années cinquante, à Saint-Germain-des-Prés, dans les caves « existentialistes », le cabaret retrouve le caractère intimiste de ses origines. Le café-théâtre y naît vers 1960.

Au cabaret, le spectateur est l'objet d'une séduction directe. Du western à la comédie, le cinéma exploite depuis toujours les grandes scènes charmeuses qui promènent l'artiste, danseur et chanteur, entre les tables du cabaret. Quand la séduction remonte sur scène, on franchit la limite qui sépare le pauvre et troublant cabaret du riche et aseptisé music-hall.

Cabaret berlinois

Phénomène artistique, social et politique, la naissance du cabaret berlinois, aujourd'hui transformé en légende, est inséparable d'une crise profonde de la société allemande qui, de 1914 à 1933, ne cesse de s'aggraver. Derrière une mythologie héritée de l'Ange bleu de Joseph von Sternberg, magnifiée par Bob Fosse dans son film Cabaret, Adieu Berlin, d'après le roman de Christopher Isherwood, Goodbye to Berlin (1939), s'exprime le désarroi d'une époque qui fit du cabaret aussi bien un lieu de contestation qu'un moyen de fuir la réalité.

Inspiré du Chat noir, le cabaret berlinois naît avec les premiers recueils de chansons d'Otto Julius Bierbaum et du désir d'Ernst von Wollzogen, fondateur de la Freie Bühne, de les voir interpréter sur une scène. Le Buntes Theater, transformé en cabaret sous le nom de Das Überbrettl, offrira avant 1914 des spectacles satiriques de peu d'intérêt, par suite de la censure. Plus significative, la création du cabaret munichois les Onze Bourreaux (Die Elf Scharfrichter) rallie autour de Wedekind et Falckenberg la bohème artistique. Associant le théâtre, la chanson et la musique, il inaugure un style qui séduit très vite la capitale prussienne, éprise de liberté et d'humour. À la veille de la Première Guerre mondiale, le Cabaret Néo-Pathétique de Kurt Hiller attire une jeunesse révoltée par l'esprit étroit de Guillaume II, heureuse d'écouter les poètes expressionnistes réciter leurs œuvres. L'engouement du public berlinois pour la chanson et l'opérette permet l'apparition des premiers Tingel-Tangel – où la musique l'emporte sur la satire sociale.

L'effondrement de l'Empire et la libéralisation de la censure modifient radicalement le visage du cabaret berlinois. Interdits par le ministre Noske, à l'époque de l'insurrection spartakiste, les cabarets s'ouvrent en grand nombre après 1919, fréquentés par une population qui cherche à oublier le tragique de la situation économique. Une affiche de l'époque, montrant une fille nue dansant avec un squelette, sous l'inscription « Berlin, prends garde, ton danseur est la mort », en trahit toute l'ambiguïté. L'avant-garde artistique utilisera le cabaret pour diffuser ses manifestes. Inspirés du cabaret Voltaire, les cabarets dadaïstes feront de la provocation, avec Raoul Hausmann, Kurt Schwitters, F. Jung, R. Huelsenbeck et Grosz, une arme politique. Dès 1901, Reinhardt organise, dans des décors expressionnistes, son propre cabaret Bruit et Fumée (Schall und Rauch), où il parodie les drames naturalistes du Deutsches Theater. Il s'entoure, à partir de 1919, d'auteurs satiriques comme Kurt Tucholsky et Klabund.

Lieu de rencontre de l'avant-garde artistique, le cabaret séduit aussi des compositeurs comme Schönberg – son Pierrot lunaire en porte l'empreinte – et Hollaender, futur parolier de Marlène Dietrich. La double orientation du cabaret berlinois – espace de contestation, mais aussi de rêve et de plaisirs – s'intensifie au début des années vingt. Le cabaret politique, avec Walter Mehring, poète dadaïste auteur de chansons, Tucholsky, collaborateur de la Weltbühne, développera un esprit satirique de plus en plus aigu. Rudi Nelson, compositeur de revues, est à l'origine de l'engouement pour les spectacles de danses et de nus où s'illustreront des personnalités aussi différentes que Valeska Gert, connue par ses « danses d'expression », et Anita Berber, strip-teaseuse toxicomane, vedette scandaleuse du cabaret La Souris blanche (Der Weissen Maus). L'aggravation de la crise économique radicalisera ces deux tendances. Des cabarets de distraction, proposant des spectacles d'un érotisme souvent pervers, s'ouvrent dans tout l'ouest de Berlin, avec les numéros célèbres de travestis du cabaret Eldorado, tandis que Tucholsky écrit ses Mélodies rouges, interprétées par Rosa Valetti. La vogue de ses spectacles vaut à Berlin le surnom de « Berliner Broadway ». Chaque tendance artistique ou politique cherche à s'exprimer sur la scène du cabaret et Piscator lui-même, raillé pour ses « Piscator's Girls », en fait un moyen d'agitation. Jusqu'à l'arrivée d'Hitler, l'audace du cabaret berlinois, son succès auprès du public attirent les acteurs les plus célèbres (Marlène Dietrich, Margo Lion, von Meyerinck, Gründgens). À côté des somptueuses revues apolitiques de Hollaender, prennent place des spectacles où Hitler et les slogans nazis sont chaque soir ridiculisés.

La nomination de Goebbels comme Gauleiter de Berlin sonne le glas du cabaret. Les SA saccagent les spectacles, s'en prennent aux auteurs les plus politisés (Tucholsky, Claire Waldoff). Après 1933, ce dernier espace de liberté est interdit. Beaucoup d'artistes sont assassinés, envoyés dans des camps de concentration ou condamnés à l'exil, et les deux derniers cabarets berlinois, le Tingel-Tangel de Hollaender et la Katakombe de W. Finck, rasés au bulldozer.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

Zone(s) géographique(s) :
  • France
  • Allemagne
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026