GRÜNDGENS Gustaf
Acteur et régisseur allemand transformé de son vivant en légende ; son interprétation de Méphisto dans le Faust de Goethe fascina toute une époque.
Dès la fin de la guerre, il est remarqué par son interprétation de Méphisto, qui demeurera son rôle fétiche. Longtemps cantonné dans les théâtres de province, Gründgens devient célèbre à son arrivée à Berlin en 1922 et interprète ensuite un grand nombre de rôles classiques aux Kammerspiele de Hambourg (1923-1928). Avide de gloire, marié à la fille de Thomas Mann, Erika, il connaît à partir de 1925 ses premiers grands succès dans les pièces de Büchner et de Sternheim. Acteur à Vienne, puis de nouveau à Berlin, chez Piscator, il se spécialise dans les grands rôles classiques (Hamlet, Danton de Büchner), avant d'être engagé comme acteur et comme régisseur par Reinhardt. Son succès lui vaut de tourner dans plusieurs films et Fritz Langlui confiera le rôle du chef de la pègre dans M le Maudit (1931). Tout en continuant sa carrière au Deutsches Theater, il travaille aussi pour les revues de cabarets de Rudi Nelson et l'opéra.
Le triomphe de Gründgens dans le rôle de Méphisto, qu'il interprétait vêtu de noir, le visage maquillé en blanc, rehaussé de paillettes multicolores, coïncide avec la venue d'Hitler au pouvoir. Admiré par Göring, il accepte l'intendance des théâtres de Prusse et continue sa fulgurante carrière, jouant aussi bien dans des drames classiques que dans les médiocres pièces nazies de Johst. Arrêté à la fin de la guerre, mais bientôt libéré, il recommence sa carrière, à Berlin-Est, comme intendant du Deutsches Theater, puis à Düsseldorf de 1947 à 1955, triomphant toujours dans le rôle de Méphisto ; il dirige, à partir de 1955, le Deutsches Schauspielhaus de Hambourg. Klaus Mann, dans Mephisto, stigmatise à travers Gründgens-Höfgen ceux qui en 1933 acceptèrent de signer un pacte avec le diable. Injuste, le roman l'est sans doute car Gründgens ne ménagea pas son aide aux acteurs persécutés par les nazis, mais on peut à tout le moins pointer son opportunisme et son carriérisme. Mephisto n'en exprime pas moins, admirablement, la dimension de magie et d'ambiguïté qui s'attacha à sa personne.
Bibliographie sélective
- Gustaf Gründgens , "Lass mich ausschlafen", hrsg. von Rolf Badenhausen, München ; Wien : A. Langen G. Müller, cop. 1982
- Mephisto , roman, Klaus Mann ; traduit de l'allemand par Louise Servicen ; préface de Michel Tournier,..., Paris : Denoël, 1975
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Allemagne
- 19ème siècle
- 20ème siècle