ZUCKMAYER Carl

Nackenheim, 1896 - Saas Fee, 1976

Auteur dramatique allemand.

Réputé pour l'ironie cinglante de ses pièces, Zuckmayer demeure l'un des auteurs les plus joués en Allemagne. Son héritage est revendiqué par toute une génération d'écrivains qui, avec Ödon von Horváth, voient en lui l'inventeur de la comédie politique moderne.

Engagé volontaire en 1914, il collabore dès 1918 à la revue expressionniste Die Aktion et s'enthousiasme pour le spartakisme. Après des études de philosophie, de biologie et d'économie à l'université de Francfort, il s'oriente vers le théâtre. Son premier drame, Kreuzweg (Croisement, 1920), n'a aucun succès. Renonçant momentanément à écrire, Zuckmayer acquiert une certaine célébrité dans les cabarets de Munich en interprétant des chansons de Walter Mehring et Klabund. De retour à Berlin, en 1921, il connaît la pauvreté mais se passionne pour cette culture populaire qui marquera si profondément son œuvre. Engagé comme régisseur de théâtre à Kiel, il met en scène des drames de Büchner, Barlach, Grabbe, Lenz, Strindberg et Wedekind avec une telle fantaisie qu'il suscite la fureur des acteurs et du public. L'apparition d'un homme nu dans la mise en scène de l'Eunuque de Térence entraîne son renvoi et la fermeture du théâtre. À Munich, il se lie avec Wedekind, Klaus Mann et Brecht qui va influencer son style. Pankraz erwacht (Pankraz s'éveille), monté à Berlin en 1925, est assassiné par la critique. Délaissant l'expérimentation, Zuckmayer cherchera désormais à traduire une certaine sensibilité paysanne qu'il connaît bien. Der fröhliche Weinberg (Le Joyeux Vignoble, 1925) lui vaut le prix Kleist et la célébrité. Reprenant le style de la pièce populaire (Volksstück), il en fait, grâce à son ironie mordante, un miroir corrosif de son époque et des illusions déçues. Schinderhannes (1927), Der Bauer aus dem Taunus (Le Paysan du Taunus, 1927), Katharina Knie (1928) avec leurs emprunts au dialecte, l'évocation des mœurs paysannes, l'aspiration à la justice, sont couronnés par le prix Büchner en 1929. Josef von Sternberg lui confie la même année la réalisation du scénario de L'Ange bleu, à partir du roman de Heinrich Mann, Professor Unrat.

Der Hauptmann von Köpenick (Le Capitaine de Köpenick), monté en 1931, connaît un véritable triomphe. L'histoire (véridique) de ce vagabond sans travail, emprisonné pour vol, qui au sortir de prison s'empare, grâce à l'uniforme de commandant qu'il s'est fabriqué, de tout un régiment, auquel il fait exécuter les ordres les plus absurdes, dépasse la simple satire de l'obéissance et de la discipline prussiennes. Zuckmayer, avec autant de tendresse que d'ironie, fait de son héros le porte-parole du bon sens populaire en face d'une société égoïste et mécanisée. Contraint à l'exil en 1933, il se réfugie en Autriche, en Suisse puis aux États-Unis, collaborant avec Piscator à la New School for Social Research et aux studios de Hollywood. La seule pièce qu'il écrit, Des Teufels General (Le Général du diable, 1943), inspirée de la mort « accidentelle » du général de la Luftwaffe Udet, hostile à Hitler, et qu'il avait connu en 1914, est l'œuvre la plus jouée et la plus discutée dans les années d'après-guerre (3 238 représentations entre 1947 et 1950). Les pièces que Zuckmayer écrit jusqu'à sa mort – Barbara Blomberg (1949), Das kalte Licht (La Lumière froide, 1955), Die Uhr schlägt eins (L'heure sonne, 1961), Das Leben des Horace A.W. Tabor (La Vie d'Horace A.W. Tabu, 1964), Der Rattenfänger (Le Charmeur de rats, 1975) – comptent parmi les œuvres les plus représentatives du renouveau du théâtre allemand. Établi en Suisse depuis 1958, il voulut garder ses distances avec son ancienne patrie.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026