TIECK Ludwig

Berlin, 1773 - Berlin, 1853

Poète et auteur dramatique allemand

Fondateur du « drame de la fatalité », son ironie, son sentiment mystique de la nature autant que son attachement au Moyen Âge et aux contes de fées font de lui l'un des grands représentants du théâtre romantique.

Fils d'un cordonnier, nourri dans son enfance d'histoires merveilleuses, Tieck écrit, à l'âge de dix-sept ans, des contes d'un romantisme noir. Après des études à Halle et à Göttingen, il découvre le Moyen Âge, Dürer et la Renaissance. Il transpose ses impressions dans une tragédie, Karl von Bernack (1793), « drame de la fatalité » (Schicksalsdrama) , où le héros est confronté à un idéal et des caractères qui se transforment en destin. Le recours à l'intrigue historique lui permet d'éviter la sécheresse de l' Aufklärung et la sentimentalité romantique. Leben und Tod der heiligen Genoveva (Vie et mort de Geneviève de Brabant, 1799), drame psychologique inspiré de la poésie populaire, transpose un mystère chrétien dans un décor médiéval. Découvrant les écrits mystiques de Jakob Böhme, il développe une vision enchantée de la nature, dans des contes qui influenceront Hoffmann et Arnim. Son premier roman, Franz Sternbalds Wanderungen (Les Pérégrinations de Franz Sternbald, 1798), le place aux côtés des grands auteurs de sa génération. Créateur du paysage romantique, plus magique que réel, il se passionne pour le théâtre européen et organise dans sa maison de Dresde des soirées de lectures très fréquentées. Admirateur de Shakespeare , Calderón, Lenz , il est l'un des premiers à saluer le génie dramatique de Kleist. Rêvant d'un théâtre poétique, il s'efforce d'arracher les scènes de son temps aux conventions. Il révélera aux frères Schlegel le drame élisabéthain, le théâtre espagnol, traduit aussi bien Don Quichotte de Cervantès que les pièces de Shakespeare qu'il tente en vain de faire jouer à Berlin.

Esprit libre, se tenant à l'écart des théories esthétiques et philosophiques qui influenceront les frères Schlegel et Novalis, il développe le concept d'ironie romantique et s'inspire d'Aristophane dans des comédies comme Ritter Blaubart (Chevalier Barbe-Bleue, 1797), Le Chat botté (Der gestiefelte Kater, 1797), inspiré du conte de Perrault et surtout dans Die verkehrte Welt (Le Monde à l'envers, 1798), à l'intrigue presque pirandellienne, ou Prinz Zerbino (1796-1798), d'après Gozzi. L'ironie acerbe avec laquelle il décrit les mœurs de son temps lui vaut d'être violemment critiqué. En fait son ironie est à deux versants : d'un côté elle est âcre, ce qui se révèle être une attitude de défense contre le poids du destin ; de l'autre elle est bon enfant et sans méchanceté : aussi le charme de ses comédies, qui s'inspirent du théâtre de marionnettes et de la commedia dell'arte, séduira toute l'école romantique. Il influencera Eichendorff, Grabbe et Mörike, mais aussi Dorst qui reconnaît en lui l'ancêtre de la comédie de mœurs.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
Période(s) :
  • 18ème siècle
  • 19ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026