GOZZI Carlo

Venise, 1720 - 1806

Écrivain, pamphlétaire, et dramaturge italien.

Né dans une famille d'une antique noblesse ruinée, il partage son temps entre les tracasseries familiales, les croisades pour la défense du « pur toscan », la satire des Lumières et la fréquentation des comédiennes. Les Mémoires inutiles (Memorie inutili, 1797) décrivent avec verve et méchanceté les dernières années de la république de Venise.

Les dix Fiabe (contes merveilleux portés à la scène), écrites entre 1761 et 1765 pour la troupe du Truffaldin Sacchi, sont une machine de guerre contre ses rivaux, particulièrement contre Goldoni. Gozzi le hait parce qu'il a représenté des aristocrates ridicules et des bourgeois, voire des prolétaires, vertueux et actifs ; il a même osé rédiger des comédies dans la langue de tous les jours. Or Gozzi ne tolère pas la subversion de la hiérarchie, ni linguistique ni sociale. Seuls les poèmes satiriques ou burlesques s'écrivent en vénitien ; au théâtre, les dialectes sont réservés aux improvisations des masques. Par défi, pour montrer que les succès de Goldoni ne prouvent rien, il broche une comédie sur un conte de nourrice : l'Amour des trois oranges (L'Amore delle tre melarancie, 1761). Le succès l'encourage à restaurer la commedia dell'arte. La tradition des conteurs italiens, français et orientaux lui fournit la trame d'aventures extraordinaires, avec des métamorphoses, le Monstre turquin (Il Mostro turchino, 1764), des êtres fabuleux, le Roi-Cerf (Il Re cervo, 1762), imposant aux jeunes héros des épreuves menant à la quête de soi, l'Oiseau vert (l'Angellin belverde, 1765). Aux comédies improvisées, il emprunte les masques représentant d'une façon grotesque les structures familiales et sociales (Turandot, 1762). Les scènes rédigées alternent avec les canevas, l'italien lyrique avec le vénitien gaillard et les lazzi s'inscrivent dans des décors à machines.

Cet enchevêtrement du bouffon et du fantastique a non seulement du succès, mais une postérité. Les voyageurs allemands du début du XIXe siècle rapportent du théâtre italien des images qui nourrissent la fantaisie d'E.T.A. Hoffmann et, à travers lui, des romantiques français. À la fin du siècle, Gozzi, revisité par Schiller et Hoffmann, fournit aux hommes de théâtre russes et français (Taïrov, Vakhtangov puis Copeau), qui s'interrogent sur la théâtralité, l'exemple de structures efficaces animées par l'imaginaire. L'Amour des trois oranges fut mis en musique par Prokofiev (1921) et Turandot par Puccini (1926).

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Italie
Période(s) :
  • 18ème siècle
  • 19ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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